L'historien franco-israélien Saul Friedländer, grand spécialiste de l'Holocauste et dont les parents sont morts en camp de concentration sous le nazisme, s'est vu décerner dimanche à Francfort (ouest) le prestigieux Prix de la paix des libraires allemands 2007.
En présence du président allemand Horst Köhler, M. Friedländer, 75 ans, a lu pendant la cérémonie des passages des dernières lettres écrites en 1942 par ses parents et par des membres de sa famille, avant d'être assassinés dans les camps. "Il est clair pour moi que ce prix m'est accordé en grande partie en raison de la thématique de mon travail. C'est pourquoi j'accepte avec une grande humilité cet honneur, dont la signification va bien au-delà de toute prestation individuelle", a déclaré le récipiendaire.
Le jury du Prix de la paix des libraires allemands, une distinction dotée de 25.000 euros, a voulu honorer en Saul Friedländer, "le conteur épique de l'histoire de la Shoah, de la persécution et de la destruction des Juifs à l'époque de la terreur nazie en Europe". L'historien, qui a grandi en France où ses parents l'avaient caché dans un orphelinat catholique pendant la Seconde guerre mondiale, "a permis aux hommes et aux femmes réduits en cendres de faire entendre une plainte, un cri. Il leur a offert une mémoire et leurs noms", a affirmé le jury.
Décerné depuis 1950, le Prix de la paix des libraires allemands avait été attribué en 2006 à l'essayiste et sociologue allemand Wolf Lepenies. En 2005, il avait échu à l'écrivain turc Orhan Pamuk, qui obtint un an plus tard le Prix Nobel de littérature.
Saul Friedländer, né en 1932 à Prague de parents juifs germanophones qui furent assassinés à Auschwitz, s'est installé en 1948 en Israël. L'auteur, qui vit aujourd'hui surtout aux Etats-Unis, est surtout connu pour son oeuvre L'Allemagne nazie et les juifs. Après un premier tome consacré aux "Années de persécution" (1933-1939), paru en 1997, il a publié en octobre 2006 un deuxième tome consacré aux "Années de l'extermination" (1939-1945). Dans cet ouvrage, pas encore traduit en français, il affirme qu'à l'époque d'Hitler, les Allemands étaient au courant de l'extermination des juifs, "même s'ils ne connaissaient pas tous les détails". (afp)


