Décès de Béjart, le plus grand maître de la danse du 20e siècle
Paola de Belgique, Maurice Béjart, Elio Boncompagni et Maurice Druon au gala La Traviata au théâtre des Champs Elysées, septembre 1973.
Le chorégraphe français Maurice Béjart est mort jeudi à Lausanne à l'âge de 80 ans. Le monde de la danse pleure la disparition «du plus grand maître de la danse du 20e siècle». Il a non seulement révolutionné la danse, mais a aussi su se faire aimer du grand public.
Maurice Béjart est mort dans la nuit de mercredi à jeudi à 00h25 au CHUV à Lausanne, a indiqué Roxane Aybek, porte-parole de sa compagnie. L'artiste, qui était en très mauvaise santé depuis plusieurs années, avait été hospitalisé la semaine dernière afin de suivre un traitement cardiaque et rénal, qui devait durer plusieurs semaines. Il avait déjà été admis à l'hôpital le mois précédent.
The show must go on
Malgré sa santé défaillante, le créateur a suivi quotidiennement jusqu'à son hospitalisation les activités de sa compagnie. Il surveillait en particulier l'avancement du «Tour du Monde en 80 minutes», dont la première est annoncée pour le 20 décembre à Lausanne. «Le maître a disparu physiquement, mais son oeuvre, son école et sa compagnie vont lui survivre, a indiqué à l'ATS Yvette Jaggi, ex-syndique de Lausanne grâce à qui Béjart est venu s'installer dans la capitale vaudoise en 1987. Dans la compagnie qui porte son nom, l'heure est à la tristesse.
Les danseurs et les élèves de la Compagnie Béjart Ballet ont appris la nouvelle jeudi vers 11h00 du matin, a indiqué à l'ATS un membre de la direction. «Tout le monde, une centaine de personnes, est sous le choc», a-t-il expliqué. Selon les dernières dispositions de M. Béjart, une cérémonie publique sera organisée lundi à 16h00 à la salle Métropole à Lausanne. Mais la compagnie n'aura pas beaucoup de temps pour pleurer la disparition du chorégraphe, car elle part danser la semaine prochaine en Allemagne.
«Sans doute déjà en train de faire danser les étoiles»
Quant à sa succession à la tête de la troupe, elle est assurée par Gil Roman, directeur-adjoint déjà depuis plusieurs années. «Il reprendra le flambeau», a poursuivi le membre de la direction. C'est le plus grand nom de la danse qui disparaît, pour le chorégraphe et directeur de compagnie Philippe Saire, installé à Lausanne. Il a tout simplement révolutionné la danse en s'appuyant sur les codes classiques et en les détournant de façon spectaculaire.
Le chorégraphe est «sans doute déjà en train de faire danser les étoiles», a réagi l'ancien danseur étoile français Patrick Dupond. Le défunt laisse plus de 230 chorégraphies. Ce sont autant de pages de son journal intime, des étapes de sa quête d'absolu. Les philosophies orientales, le cinéma ou la littérature habitent son oeuvre. Béjart y parle d'amour, de mort, de voyage, de solitude ou de grands mythes occidentaux: bref de la condition humaine.
Avec des mises en scènes parfois extravagantes, il a emporté l'adhésion du public et l'a familiarisé, non sans mal, à la danse contemporaine comme à la musique concrète. Parmi les interprètes de prédilection de Béjart figurent Jorge Donn, Patrick Dupont, Gil Roman et Sylvie Guillem. L'enseignement a été un élément essentiel de sa vie. Soucieux de transmettre son savoir, il a notamment créé l'Ecole-Atelier Rudra à Lausanne, école gratuite dans laquelle près de 40 élèves apprennent la danse, la musique, le théâtre ou les arts martiaux. (belga)