Bank of America vient à la rescousse du 1er prêteur hypothécaire
Bank of America a lancé vendredi une offre publique d'échange sur le premier prêteur hypothécaire du pays, Countrywide Financial, sauvant ce dernier d'une faillite annoncée aux conséquences potentiellement désastreuses pour l'économie du pays.
Bank of America propose 0,1822 de ses propres actions pour chaque action Countrywide. Selon des calculs d'analystes, cette parité valorise l'action Countrywide à 7,16 dollars, en dessous du cours de clôture du titre jeudi qui était de 7,75 dollars. Le marché réagissait donc négativement à l'annonce, faisant plonger le titre Countrywide de 16,13%, à 6,50 dollars dans les échanges électroniques précédant l'ouverture de la séance officielle de bourse.
StabilitéCountrywide, qui fait l'objet de rumeurs récurrentes de faillite depuis plusieurs mois, "va bénéficier de la stabilité que lui apportera son appartenance à l'une des institutions financières parmi les grandes et les plus solides financièrement des Etats-Unis", a argumenté Bank of America. Bank of America espère que la transaction sera finalisée au troisième trimestre et en attend pour 670 millions de dollars de synergies.
Elle affirme que l'opération sera neutre pour ses résultats en 2008 et positive en 2009, hors coûts de fusion et de restructuration. On savait depuis longtemps Bank of America intéressée par Countrywide: la banque avait déjà investi 2 milliards de dollars dans sa future filiale, sous forme de titres privilégiés à 7,25% de rendement et pouvant être convertis en actions ordinaires. Cette émission lui donnait potentiellement 16% du capital.
Success storyAvant de connaître ses difficultés présentes, Countrywide avait longtemps été l'une des plus spectaculaires "success stories" de la finance américaine. Fondée en 1969 par David Loeb, décédé il y a quatre ans, et Angelo Mozilo, qui la dirige toujours, Countrywide est devenu le premier prêteur hypothécaire du pays dans les années 90 et a permis à des millions d'Américains modestes d'accéder à la propriété.
Entre 1982 et 2003, le rendement de l'action a atteint... 23.000%, mieux que les firmes d'investissement les plus réputés. Mais pour conforter son leadership, le groupe a octroyé massivement ces dernières années des crédits à des ménages ne présentant pas toutes les garanties de remboursement. Ce développement forcené sur le marché du "subprime", au départ payant, explique les difficultés actuelles du groupe.
Colmater les trousEn août, Countrywide avait provoqué l'une des plus grosses secousses de la crise financière actuelle en reconnaissant qu'il avait consommé l'intégralité d'une ligne de crédit de 11,5 milliards de dollars pour simplement colmater les trous dans son exploitation courante. Et il avait fallu l'investissement de la Bank of America pour rasséréner un peu les marchés.
En octobre, Countrywide avait annoncé avoir subi une perte de 1,2 milliard de dollars, sa première perte trimestrielle en 25 ans. Le groupe a du supprimer 12.000 emplois, soit 20% de ses effectifs, pour adapter sa structure à la nouvelle donne d'un marché hypothécaire complètement sinistré.