MISE À JOUR
La Commission européenne a jeudi rappelé fermement la Belgique à ses devoirs budgétaires, lui enjoignant de présenter des mesures pour la mi-décembre sous peine de possibles sanctions.
Déficit excessif
La Belgique, à l'instar de plusieurs autres pays européens, fait l'objet d'une procédure européenne pour déficit excessif. Mais selon le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn, elle est "l'un des Etats membres qui ne semblent pas corriger son déficit excessif de manière structurelle et durable vis-à-vis des échéances prévues".
La Belgique doit ramener son déficit public en 2012 sous la barre des 3%, ce à quoi s'attellent actuellement les partis qui négocient la formation d'un gouvernement, visant 2,8% de déficit.
Mais ces négociations se prolongent. Et à politique inchangée, prévoit l'exécutif européen, le déficit 2012 s'élèvera à 4,6% du PIB, et 4,5% en 2013, année où la dette repassera au dessus la barre symbolique des 100% du PIB.
Le commissaire Rehn avait déjà lancé mardi un premier avertissement au ministre des Finances du gouvernement d'affaires courantes, Didiers Reynders, à qui il enverra jeudi un courrier.
Un budget comprenant les recommandations
L'Europe attend que la Belgique présente pour la mi-décembre "une preuve convaincante de mesures budgétaires structurelles suffisantes, et de préférence un budget complet pour 2012".
"Pour la Belgique, l'an prochain est la limite pour corriger son déficit excessif", a rappelé M. Rehn. "Il est clair que la Belgique doit accélérer ses efforts afin de rencontrer l'objectif" de réduction du déficit, a insisté le commissaire.
A ses yeux, les recommandations de la Commission formulées en juin dernier devraient se refléter dans le budget 2012 de la Belgique.
Celles-ci appellent, pour mémoire, à une réforme du système d'indexation des salaires, une réduction structurelle de déficit public, une adaptation du système légal de pensions à l'augmentation de l'espérance de vie, ainsi qu'à la remédiation des faiblesses du secteur financier, une réduction des allocations de chômage dans le temps, et encore le renfort de la concurrence dans un certains nombre de secteurs.
Sanctions et amende
M. Rehn n'a d'ailleurs pas hésité à évoquer la possibilité de "sanctions", en vertu des nouvelles règles du Pacte de stabilité ("six pack") qui viennent d'être adoptées, si la Belgique ne corrige pas sa trajectoire.
Ces sanctions peuvent prendre la forme du dépôt sur un compte bloqué d'un montant pouvant aller jusqu'à 0,5% du PIB du pays concerné. Si l'Etat membre ne se conforme pas aux recommandations européennes, cet argent peut alors être conservé à titre d'amende.
Malte, Chypre, la Pologne et la Hongrie ont reçu le même type d'avertissement jeudi. Ces pays s'éloignent aussi, selon l'exécutif européen, de l'objectif de 3% pour leur déficit public. D'autres Etats membres, comme la France et l'Espagne, ont, eux, bénéficié d'un délai supplémentaire.
"Bonne" croissance
Ce rappel à l'ordre de la Commission intervient alors que l'économie du Vieux continent pourrait se retrouver au point mort vu la crise.
Selon les estimations de l'exécutif européen, la croissance de la zone euro ne dépassera pas 0,5% l'année prochaine. M. Rehn table sur 1,3% pour 2013.
La Belgique, elle, devrait plutôt bien s'en tirer par rapport à ses partenaires de la zone euro. La Commission prédit ainsi au pays une croissance de 0,9% pour l'année prochaine, soit un tout petit peu mieux que les prévisions de 0,8% livrées la semaine dernière par le Conseil supérieur des finances.
L'Allemagne, moteur de l'économie européenne, ne devrait, elle non plus, pas dépasser 0,8% de croissance l'année prochaine, selon la Commission qui y voit une cause de souci pour la Belgique, dont l'économie est fort liée à celle de l'Allemagne.
Emploi sur le déclin
Les exportations vers l'Allemagne devraient ainsi se réduire, souligne l'exécutif européen. Celui-ci pointe aussi une baisse de la confiance des consommateurs et des entreprises qui devrait affecter la consommation privée et les investissements en Belgique. Sa position concurrentielle devrait logiquement en pâtir.
Enfin, le marché de l'emploi en Belgique, qui s'était jusqu'ici plutôt bientôt maintenu en ces temps de crise, devrait quelque peu décliner. La Commission observe en effet une série de tendances qui devrait mener, selon elle, à un affaiblissement du marché du travail dans le Royaume.
L'an prochain, le taux de chômage en Belgique devrait ainsi atteindre 10,1%, selon la Commission, contre 10% cette année. (belga/acx)


