Jérome Kerviel a fraudé 4,9 milliards d'euros.
La Société Générale, une des trois premières banques françaises, a révélé jeudi avoir perdu 7 milliards d'euros, dont près de 5 milliards de pertes provoquées par un trader de 31 ans dans la fraude la plus colossale de l'histoire de la finance mondiale.
En pleine tourmente boursière mondiale, la banque a été contrainte d'annoncer cette fraude interne de 4,9 milliards, auxquels s'ajoutent 2 milliards d'euros de dépréciations liées à la crise des "subprimes". Le courtier impliqué, Jérôme Kerviel, 31 ans, était employé à la Société Générale depuis 2000. Il travaillait depuis 2005 au "front office", un service prestigieux où il était chargé de passer des ordres sur des contrats à terme. Il a été décrit comme un génie informatique par certains de ses collègues, mais la direction a évoqué auprès des syndicats "un être fragile" traversant des "difficultés familiales". Il n'aurait pas tenté de s'enrichir personnellement. Il a été relevé de ses fonctions et la banque assurait ignorer où il se trouvait jeudi.
Le titre a déjà perdu 5%
L'action de la Société Générale a été sévèrement sanctionnée à la Bourse de Paris, alors que les spéculations étaient relancées sur un éventuel rachat par une concurrente. En milieu d'après-midi, le titre perdait plus de 5%. Selon les explications de la banque, la fraude a été découverte le 19 janvier: le trader, opérant dans une sous-division de ses activités de marché, a profité de "sa connaissance approfondie des procédures de contrôle" pour "dissimuler ses positions grâce à un montage élaboré de transactions fictives".
La Société générale a liquidé depuis ces positions mais compte tenu de leur importance et "des conditions de marché particulièrement défavorables", cette fraude a un impact négatif de 4,9 milliards d'euros sur son résultat net. Lors d'une conférence de presse convoquée d'urgence, le PDG de la Société Générale, Daniel Bouton , a tenté de s'expliquer et a présenté ses "excuses" aux actionnaires. "C'est un homme seul qui a construit une entreprise dissimulée à l'intérieur du groupe en utilisant les instruments de la Société Générale et qui a eu l'intelligence d'échapper à toutes les procédures de contrôle", a-t-il déclaré.
Enquête préliminaire
La Société Générale a déposé plainte contre lui pour "faux en écritures de banque, usage de faux et intrusions informatiques". Du côté des actionnaires, plusieurs plaintes ont également été déposées, et le parquet de Paris a ouvert dans l'après-midi une enquête préliminaire pour escroquerie. Les autorités politiques et monétaires sont intervenues pour tenter de limiter l'impact de ces révélations. Tout en demandant des "contrôles additionnels" sur les banques, la ministre de l'Economie Christine Lagarde a assuré qu'il n'y avait pas lieu d'avoir d'"inquiétudes" pour la Société Générale.
Même ton rassurant du gouverneur de la Banque de France Christian Noyer, selon lequel la Société Générale reste "solide". De fait, malgré les 6,9 milliards perdus, la banque a annoncé jeudi un bénéfice net en 2007, estimé entre 600 et 800 millions d'euros. La chute est toutefois spectaculaire par rapport au résultat net de 5,221 milliards en 2006. Pour faire face, la Société Générale a indiqué qu'elle allait procéder à une augmentation de capital de 5,5 milliards d'euros.
Déjà critiquée
La banque avait déjà été critiquée par les analystes financiers pour son silence ces derniers jours alors que le titre était chahuté par la crise des "subprimes" (prêts immobiliers à risques américains). Il a perdu plus de 40% sur les six derniers mois. En février 1995, un courtier britannique de 28 ans installé à Singapour, Nick Leeson, avait fait perdre 1,4 milliard de dollars à la Barings, la plus ancienne banque britannique, en raison de "mauvaises positions" prises sur les marchés dérivés. L'établissement avait fait banqueroute. (afp)


