Le trader français Jérôme Kerviel, accusé par la Société Générale d'une "fraude" gigantesque qui a fait perdre à la banque près de 5 milliards d'euros, était toujours entendu dimanche par les enquêteurs, et sa garde à vue pourrait durer jusqu'à lundi en milieu de journée.
L'affaire, qui a fait l'effet d'un séisme dans le monde de la finance, a encore pris de l'ampleur avec la révélation dimanche par la Société Générale du fait que les positions frauduleuses prises par le jeune homme avaient atteint "environ 50 milliards d'euros" avant d'être liquidées dans l'urgence, ramenant la perte finale à 4,9 milliards d'euros. Selon la Société Générale, la position frauduleuse, découverte le 20 janvier, a été "débouclée" en trois jours et complètement "fermée" le 23 janvier au soir.
Jérôme Kerviel, le courtier de 31 ans au coeur de l'affaire, s'est "présenté spontanément" aux policiers samedi, deux jours après que le scandale eut été rendu public. Sa garde à vue, entamée samedi à 14h00, a été prolongée de 24 heures dimanche à la même heure. A l'issue de son audition, Jérôme Kerviel peut être remis en liberté, si aucune charge ne pèse contre lui, ou déféré lundi au parquet de Paris en vue d'une inculpation. M. Kerviel "collabore et est prêt à s'expliquer", selon Jean-Michel Aldebert, un responsable du parquet de Paris. Les enquêteurs tentent d'établir s'il a agi seul ou s'il a bénéficié de complicités, et de comprendre comment il a pu déjouer les systèmes de contrôle des transactions des marchés.
Ils disposent de matériel informatique remis par la Société Générale, ainsi que de documents saisis au cours d'une perquisition vendredi au domicile du jeune homme en banlieue parisienne. La possibilité qu'il soit un "hacker" est envisagée, ont fait savoir des sources proches du dossier. Ses motivations doivent également être éclaircies. Présenté comme "sérieux", "travailleur" par ses proches, Jérôme Kerviel est aussi, selon des sources proches du dossier, totalement dépassé par les événements et fragile psychologiquement. Employé depuis 2000 à la Société Générale, l'une des trois principales banques françaises, M. Kerviel a d'abord travaillé dans le suivi de marché, où il a acquis la connaissance des procédures de contrôle, puis, à partir de 2005, dans la salle des marchés, où il était chargé de passer des ordres sur des contrats à terme.
Samedi, le site internet de l'hebdomadaire allemand Spiegel a affirmé que les chefs de la banque parisienne avaient "reçu d'Allemagne des signaux d'alerte" après l'achat par Kerviel, "il y a quelques semaines", de 140.000 contrats sur l'indice-vedette DAX en Allemagne. Or, le DAX a perdu 600 points entre le début de l'année et le 18 janvier, rappelle Spiegel-Online. Depuis la révélation de l'affaire, la Société Générale défend la thèse du "trader isolé", des explications qui ont suscité l'incrédulité dans le monde de la finance. Mais pour le PDG de la Société Générale Daniel Bouton, interviewé samedi par le quotidien Le Figaro, "ce qui est arrivé à la Société Générale n'a rien à voir avec une catastrophe qui aurait été le fait de notre stratégie".
En tout état de cause, l'affaire fera date dans l'histoire de la finance. Samedi, de New Delhi où il achevait une visite officielle, le président français Nicolas Sarkozy a fustigé "un système financier qui marche sur la tête et qui perd de vue sa finalité", et permet de réaliser "des profits gigantesques" et des "pertes gigantesques en quelques heures". En février 1995, un courtier britannique de 28 ans installé à Singapour, Nick Leeson, avait fait perdre 1,4 milliard de dollars à la Barings, la plus ancienne banque britannique, en raison de "mauvaises positions" prises sur les marchés dérivés. L'établissement avait fait faillite.
- Kerviel pourrait être présenté au parquet
- Kerviel "n'a commis aucune malhonnêteté" selon ses avocats
- Garde à vue prolongée pour Kerviel, enquête "fructueuse"
- L'avenir de la Société Générale obscurci après la fraude
- Kerviel aurait acheté 140.000 contrats en Allemagne
- Le trader placé en garde à vue


