L'Allemagne sonne la charge contre ses riches contribuables qui grugent les impôts et contre l'un de leurs refuges, le Liechtenstein, en s'attaquant au plus grand scandale de fraude fiscale de son histoire, qui tient l'opinion en haleine depuis une semaine.
Un millier d'Allemands fortunés, dont "des personnalités clés", sont soupçonnés d'avoir caché au fisc jusqu'à 4 milliards d'euros, investis dans des fondations au Liechtenstein où l'imposition est minime. 900 mandats de perquisition ont été délivrés dont environ 70 ont été exécutés en une semaine. En ligne de mire: des domiciles privés, des bureaux et des banques, qui auraient conseillé à leurs clients des manoeuvres fiscales frauduleuses ou les auraient facilitées.
Gros poissons
Les enquêteurs du fisc et de la police criminelle, qui travaillent avec le parquet financier de Bochum (ouest), l'un des plus coriaces du pays en matière de criminalité économique, assurent avoir pêché "de gros poissons". A commencer par Klaus Zumwinkel, le patron de la Deutsche Post, dont le domicile et les bureaux ont été perquisitionnés le 15 février, première étape symbolique d'une gigantesque razzia préparée en secret des mois durant.
M. Zumwinkel a dû démissionner, après 18 ans en poste. Il est soupçonné d'avoir enterré des millions d'euros au Liechtenstein. Idem pour son frère Hartwig. Alors que certains fraudeurs encourent jusqu'à dix ans d'emprisonnement, tout le pays attend désormais d'autres noms.
Evasion fiscale
Le gouvernement allemand est d'autant plus consterné que ce scandale fait suite à d'autres affaires douteuses des dernières années auxquelles était déjà mêlé le Liechtenstein (blanchiment d'argent, comptes occultes du parti CDU). Vaduz a depuis fait certains efforts, mais pas assez au goût de Berlin, qui veut voir relancé le débat au sein de l'Union européenne sur la lutte contre l'évasion fiscale, trois ans après une loi jugée aujourd'hui insuffisante.
La chancelière Angela Merkel a plaidé pour une harmonisation de la transparence financière en Europe, alors que l'évasion fiscale coûterait 10 milliards d'euros par an au pays et que, selon la presse, entre 300 et 400 milliards d'euros seraient placés à l'étranger par ses citoyens. L'Allemagne a accablé le Liechtenstein, son secret bancaire et ses fondations opaques, et reçu le soutien de l'OCDE, qui a déploré les pratiques de ce "paradis fiscal non coopératif", comme Andorre et Monaco.
Riche clientèle
L'affaire est très embarrassante pour le Liechtenstein, micro-Etat qui tire un tiers de son Produit intérieur brut (PIB) du secteur financier. Elle risque de lui coûter la perte d'une riche clientèle bancaire, dont nombre d'Allemands fuyant le fisc de leur pays, particulièrement gourmand. Les enquêteurs s'appuient en effet sur des données volées dans une banque liechtensteinoise et acquises par les services secrets allemands.
Un mystérieux informateur leur a vendu contre 4 à 5 millions d'euros un DVD explosif qui contiendrait des centaines de noms, de courriers et d'extraits de comptes, mais aussi des consignes secrètes des autorités de la principauté pour contourner les fiscs étrangers. Le Liechtenstein a accusé l'Allemagne d'attenter à sa souveraineté et dénoncé "l'énergie criminelle" de ses enquêteurs fiscaux.
Puis, soucieux d'éviter une crise diplomatique, il a promis de rendre plus contraignant le droit qui régit les quelque 50.000 fondations domiciliées sur son sol. Mais face aux exigences de Mme Merkel en matière de transparence financière, le chef du gouvernement Otmar Hasler a été clair: le Liechtenstein maintiendra son secret bancaire et l'anonymat de ses fondations, les "autorités fiscales de chaque pays" n'ont qu'à traquer elles-mêmes les fraudeurs.


