Le PDG d'Airbus, Tom Enders, a rejeté vendredi la polémique déclenchée aux Etats-Unis par l'attribution d'un méga-contrat du Pentagone à la maison mère de l'avionneur européen, EADS, en insistant sur l'internationalisation croissante du secteur.
Le patron d'Airbus n'a par ailleurs pas exclu que la future chaîne d'assemblage de Mobile en Alabama (sud) dont EADS va se doter serve un jour à monter d'autres appareils que les 179 ravitailleurs destinés à l'armée de l'Air américaine et l'A330 cargo. M. Enders a rejeté les critiques de certains membres du Congrès américain, selon lesquels l'octroi du contrat de 35 milliards de dollars au consortium américano-européen EADS/Northrop Grumann, au détriment de Boeing, allait entraîner la destruction d'emplois aux Etats-Unis.
Création d'emplois
"C'est ridicule", a-t-il souligné, en indiquant qu'EADS et Northrop Grumann allaient "investir environ 600 millions de dollars en tout dans le site" de Mobile, où il célébrait vendredi avec les responsables locaux l'attribution du contrat. "Environ 60% de la valeur ajoutée de notre programme sera aux Etats-Unis", "nous allons créer environ 1.300 emplois" sur place, et "il va y avoir d'énormes effets indirects pour nos fournisseurs", a-t-il rappelé, en soulignant qu'Airbus contribuait déjà à l'économie américaine.
"L'A380 a des moteurs américains, et 50% de sa valeur ajoutée provient des Etats-Unis", a-t-il fait valoir. Selon le patron de l'avionneur rival de Boeing, les réflexes protectionnistes n'ont de manière générale pas de place dans l'aéronautique. "L'aéronautique est une industrie mondialisée. Boeing sous-traite partout dans le monde, au Japon, en Italie, et nous aussi. Ce n'est pas comme si nous produisions tout en Europe et eux tout aux Etats-Unis", a souligné M. Enders.
Europe
"En réalité, Airbus et Boeing externalisent de plus en plus de segments importants de la production afin de rester compétitifs, et cette tendance va se renforcer", a-t-il affirmé. M. Enders s'est également livré à une critique à peine voilée des réflexes nationaux sur le Vieux continent, alors que l'implantation d'une chaîne d'assemblage aux Etats-Unis fait craindre aux syndicats pour l'emploi en France et en Europe.
"Les gens en Europe aimeraient assembler le (ravitailleur américain) KC-45 en Europe", mais "c'est un contrat américain, c'est l'argent du contribuable américain et la valeur ajoutée doit provenir des Etats-Unis", s'est-il défendu. La création d'une chaîne d'assemblage cadre également avec la stratégie d'EADS d'installer une partie de sa production en zone dollar afin d'être moins pénalisé par la vigueur de l'euro. "Il est important pour Airbus et EADS d'avoir une implantation industrielle en Amérique du Nord", a-t-il insisté.
Interrogé sur le fait de savoir si la chaîne de Mobile pourrait à l'avenir servir à assembler d'autres modèles que le ravitailleur et l'A330 cargo, M. Enders ne l'a pas exclu. "Beaucoup de choses sont possibles", a-t-il souligné. Alors que l'avionneur américain Boeing n'a pas encore décidé de déposer ou non une plainte devant la cour des comptes américaine, après avoir reçu vendredi les explications du Pentagone sur l'attribution du contrat à son concurrent, M. Enders ne s'est pas dit inquiet. Une telle plainte "n'aurait aucun impact financier" pour Airbus et EADS et "nous avons déjà lancé le processus" de production, a-t-il conclu.


