La quasi-faillite du géant américain de la finance Bear Sterns, renfloué d'urgence par la Réserve fédérale vendredi, fait craindre que le pire soit encore à venir dans la crise mondiale du crédit.
La banque d'investissement new-yorkaise a dû solliciter l'aide de la Fed pour faire face à une crise de liquidités aiguë et avancé à lundi la publication de ses résultats pour le premier trimestre. Ces chiffres tomberont la veille de ceux de Goldman Sachs, Lehman Brothers, et deux jours avant ceux de Morgan Stanley, également victimes, à des degrés divers, de l'effondrement des produits adossés aux emprunts hypothécaires à risque.
Vendredi, la Fed s'est engagée à "fournir des liquidités comme nécessaire pour faciliter un fonctionnement harmonieux du système financier", une initiative soutenue par la Maison Blanche.
"Il y a une convergence de risques sur le marché immobilier résidentiel et de risques financiers qui nécessite une action inhabituelle", a expliqué sur CNBC vendredi le président Bush, pour justifier le sauvetage de Bear Stern avec de l'argent public.
Les autorités américaines n'étaient plus intervenues aussi directement dans les affaires d'une compagnie privée depuis dix ans, lorsqu'elles avaient forcé les grandes banques du pays à sauver le fonds spéculatif Long-Term Capital Management (LTCM), dont une faillite aurait été lourde de conséquences.
Cette mobilisation n'empêche pas les spécialistes de craindre le pire. "Evidemment, l'histoire Bear Sterns a nourri les craintes qu'elle pourrait ne pas être le seul établissement à connaître de tels problèmes", a indiqué Gregory Drahuschak, analyste de Janney Montgomery Scott.
Bear Stearns est l'une des cinq banques d'investissement de Wall Street et une faillite de ce groupe pourrait, par un effet de domino, avoir des conséquences désastreuses pour nombre d'autres banques.
L'affaire "a créé une onde de choc dans tous les marchés du monde", a ajouté Sherry Cooper, économiste en chef de BMO Capital Markets. "Non seulement parce qu'il s'agit d'un nouveau cas où on se disait elle est trop grande pour s'effondrer, mais aussi parce qu'il a des implications fortes en terme d'effet domino dans le secteur déjà affaibli des services financiers, et au-delà", a-t-elle dit.
L'action Bear Stearns a plongé vendredi, perdant 47%, les investisseurs ayant déjà été ébranlés la veille en apprenant que Carlyle Capital Corporation (CCC), une filiale du roi des fonds, avait fait défaut sur 17 milliards de dette.
David Rubenstein, l'un des trois fondateurs de Carlyle, a en outre déclaré au Washington Post que les turbulences actuelles sur les marchés "sont plus profondes que tout ce que l'on a vu depuis la Dépression".
"Il est temps d'arrêter de faire semblant", a résumé Bob Eisenbeis, économiste monétaire en chef de Cumberland's Advisors et ancien vice-président exécutif de la Fed d'Atlanta. "Depuis août dernier, les assertions au sujet des turbulences sur les marchés faisaient référence à un problème temporaire de liquidités (...) il est temps de prendre du recul et de reconnaître que la situation actuelle n'est pas un problème de liquidités", a-t-il ajouté. "Il s'agit plutôt d'une incertitude concernant la qualité des actifs, c'est-à-dire un problème de solvabilité", a-t-il conclu. (belga)


