Ralentissement de l'économie wallonne mais pas d'arrêt
Selon les entrepreneurs wallons, l'activité économique s'est plutôt bien maintenue ces six derniers mois en Région wallonne. Pour les six prochains mois, ils anticipent un infléchissement du rythme d'activité, mais pas un arrêt de la croissance, selon le "Point conjoncturel" présenté ce mercredi par l'Union wallonne des entreprises (UWE). De lourdes incertitudes pèsent toutefois sur ces prévisions, qui pourraient dès lors être revues à la baisse.
Le "Point conjoncturel" de l'Union wallonne des entreprises (UWE) présente, deux fois par an, une synthèse des dernières évolutions conjoncturelles de l'économie wallonne, replacées dans le contexte international. L'enquête menée par l'UWE auprès des entrepreneurs wallons montre que l'activité s'est "plutôt bien maintenue au cours des six derniers mois" de l'année en Région wallonne. 37% des entrepreneurs interrogées déclarent que les activités des entreprises ont été stables durant les six derniers mois et 53% déclarent qu'elles ont été favorables.
A la question de savoir comment ces activités évolueront dans les six prochains mois, 41% pensent qu'elles resteront stables et 47% pensent qu'elles seront favorables. Les perspectives se détériorent donc quelque peu mais ne suggèrent pas un ralentissement marqué, a expliqué Didier Paquot, directeur du département Economie, Recherche et Développement de l'UWE. La croissance wallonne ralentirait ainsi à 1,8% en 2008, contre 2,5% en 2007. Au niveau belge, les prévisions indiquent une croissance du PIB réel de 1,6% pour l'ensemble du pays, contre 1,4% pour la zone euro. Quant à l'inflation, elle devrait se maintenir proche des 4% jusqu'à la fin de l'été, pour décélérer ensuite et revenir proche des 2,5% en fin d'année. L'année 2008 se solderait ainsi avec un taux d'inflation moyen de 3,8%.
Selon l'UWE, c'est le fléchissement des exportations, conséquence de l'affaiblissement de la demande mondiale et du dollar, qui est le premier responsable de ces moins bonnes performances de l'économie wallonne pour les six prochains mois. Mais l'évolution de l'économie wallonne ne s'écarte pas de celle de l'économie européenne. Au contraire, l'économie wallonne est moins cyclique (notamment en raison du poids du secteur public) et sera donc moins touchée par une baisse de la croissance, a expliqué Didier Paquot. Cela a toutefois un impact négatif, car cela signifie que l'économie wallonne est incapable de profiter d'une reprise importante de la croissance pour refaire son retard.
De lourdes incertitudes pèsent toutefois sur l'économie mondiale et européenne, ce qui peut remettre en question ces prévisions plutôt rassurantes sur le court terme. "Les derniers indicateurs conjoncturels suggèrent que les répercussions de la crise financière et du ralentissement de l'économie n'ont eu, jusqu'à présent, et pour les prochains mois, qu'un impact négatif modéré sur les économies européennes", indique l'UWE, mais "quatre lourdes incertitudes pèsent sur l'économie mondiale, et donc sur l'économie belge et wallonne".
Ces inquiétudes concernent l'ampleur du ralentissement américain et sa transmission à l'Europe, l'impact de la crise des "subprimes" sur le système bancaire mondial, le risque d'une accélération supplémentaire de l'inflation si l'augmentation des prix énergétiques et des matières premières déclenchent une spirale inflationniste prix/salaire et la difficulté de cerner l'impact sur les économies européennes d'un dollar qui resterait faible. Selon l'UWE, si ces risques se concrétisent, les économies européennes pourraient connaître un ralentissement plus marqué dans la seconde moitié de 2008, ralentissement qui se prolongerait en 2009. Mais pour l'Union wallonne des entreprises, il est "en revanche probable que les autorités monétaires continueront à faire le nécessaire pour limiter l'impact de la crise financière sur l'économie réelle.
Quant au risque de spirale inflationniste, les indicateurs sur les anticipations inflationnistes ne témoignent pas d'une modification de ces dernières, mais, par prudence, la Banque centrale européenne devrait maintenir son taux directeur à 4%". L'UWE s'est également penchée sur les années 2006-2007, qui ont été deux années de forte croissance, et sur leur impact sur l'économie wallonne. Sur le plan de l'activité économique (PIB), les premières estimations de l'Institut des comptes nationaux (souvent soumises à révision par la suite) ne sont pas très encourageantes pour 2006 puisque la croissance du PIB wallon n'atteindrait que 2,1% contre 2,9% pour l'ensemble de la Belgique et 2,8% pour la zone euro.
Pour l'UWE, ces estimations soulignent le caractère moins réactif de l'économie wallonne aux reprises "et donc apportent un argument de plus (...) à la nécessité du plan Marshall". Les chiffres du Bureau international du travail (BIT) sur le taux de chômage montrent, sur le plan de l'emploi et du chômage, que le bilan est beaucoup plus positif. En effet, au terme de ces deux années, le taux de chômage (au sens économique du BIT) est descendu à 10,2% et devrait sans doute tomber sous la barre des 10% au cours de la première moitié de 2008.
"Bien qu'il soit un peu tôt pour tirer des conclusions fermes, les efforts entrepris pour améliorer le marché du travail wallon (formation, accompagnement des chômeurs, lutte contre les pénuries) semblent porter leurs premiers fruits. Tout l'enjeu sera de ne pas relâcher les efforts lors de la période actuelle de moindre croissance", souligne l'UWE. (belga)