Les écologistes du nord et du sud du pays ont présenté, jeudi au cours d'une conférence de presse, vingt propositions pour réformer et "corriger" structurellement le système financier à la suite de la crise internationale majeure qu'il traverse, suggérant notamment que les banques soient désormais obligées de scinder leurs différentes activités.
Ecolo et Groen! ont ainsi proposé 3 mesures pour mieux identifier le risque encouru par les banques - dont la création d'une agence de notation publique et indépendante -, 12 pour limiter ce risque et 5 pour assurer une meilleure protection contre le risque, notamment par la mise sur pied d'un fonds de liquidités interbancaire national ou européen. Certaines font déjà l'objet de propositions de loi, dont l'une remonte à 2006.
"On vit la faillite d'un système, d'un modèle", a affirmé le chef de groupe Ecolo-Groen! à la Chambre, Jean-Marc Nollet, en détaillant ces mesures, dont les écologistes ont reconnu que certaines étaient "idéologiques", allant à l'encontre du libéralisme ambiant. Il s'agit de "mesures à court terme, pour re-réguler, et pour modifier profondément (le système financier) à long terme afin d'éviter de revivre la même chose d'ici quelques années", a précisé la co-présidente d'Ecolo, Isabelle Durant.
Les Verts proposent ainsi, comme préalable à toute solution durable, la "stricte séparation des métiers bancaires", à l'image de ce qui s'était fait en réponse à la crise de 1929. Ce qui aboutirait à la distinction entre les banques commerciales exerçant le "métier de base", la récolte de l'épargne et l'octroi des crédits, et les banques d'affaires, spécialisées dans les produits financiers plus complexes.
Afin de mieux identifier les risques, les écologistes suggèrent notamment la création d'agences de notations publiques et indépendantes, idéalement au niveau international mais sinon par la seule Belgique, éventuellement associée à d'autres Etats. Ecolo et Groen! sont aussi favorables à l'intégration dans le bilan de toutes les opérations.Pour mieux limiter les risques liés à certains produits bancaires, les deux partis plaident pour l'introduction d'une limitation de la détention de titres financiers à 15%, constitués d'actifs "sûrs". Ils veulent aussi une double limitation de la titrisation à 5% des actifs d'une banque et à 50% des crédits octroyés.
Parmi les autres mesures, M. Nollet a préconisé l'interdiction de la vente à découvert - pratiquée par les fonds spéculatifs et consistant à emprunter une action dont on pense que le prix va baisser et à la vendre aussitôt, avec l'espoir d'empocher une forte différence au moment où il faudra la racheter pour la rendre au prêteur. "Faire un pari sur une perte de valeur, c'est insupportable", a-t-il souligné. Plus classiquement, les Verts soutiennent la suppression de la "pratique aberrante et injuste" des parachutes dorés, un plafonnement des rémunérations "excessives" de certains dirigeants d'entreprise et la fin des stocks-options.
Afin d'assurer une meilleure protection contre le risque, Ecolo et Groen! proposent la création d'un fonds de liquidités interbancaire national ou européen. Les banques seraient ainsi obligées de prêter progressivement 10 pc de leur pied de bilan à ce fonds, qui octroierait des crédits aux banques en cas de crise, évitant ainsi que certains établissements ne coupent les liquidités à un rival en difficultés pour ensuite l'absorber plus facilement.
M. Nollet a encore appuyé la création d'un régulateur européen - de préférence pour l'ensemble de l'Union et sinon pour la seule zone euro ou via une coopération renforcée - et réclamé un élargissement de la mission de la Banque centrale européenne (BCE) afin qu'elle ait également comme objectifs prioritaires la croissance durable et la stabilité des marchés. Les Verts souhaitent enfin l'introduction des règles CFC ("Controlled Foreign Capital") taxant les flux financiers en provenance des paradis fiscaux.
La présidente de Groen! , Mieke Vogel, s'en est au passage prise à l'ancien premier ministre Jean-Luc Dehaene (CD&V), jugeant cynique que celui qui a "vendu la CGER et le Crédit communal pour assurer l'équilibre" du budget fédéral voici quinze ans soit maintenant présenté comme un "sauveur" de Dexia avec de l'argent public, au risque de créer un nouveau déficit budgétaire. (belga)


