Plus de 60% des salariés de l'Unedic et des Assedic ainsi que plus de 25% de ceux de l'ANPE, inquiets des effets, pour leurs statuts et leurs missions, de la fusion annoncée entre leurs deux organismes, se sont mis en grève mardi.
Le projet de loi "relatif à la réforme du service public de l'emploi" devrait être débattu à partir du 8 janvier à l'Assemblée nationale. Le gouvernement espère faire voter la fusion avant les municipales de mars. A l'assurance chômage, où travaillent quelque 14.000 personnes, et à l'ANPE, qui emploie environ 30.000 personnes, les directions ont fait état respectivement de 60,6% de grévistes et deux tiers de sites fermés, de 25,5% de grévistes (sans les DOM) et de 58 agences fermées sur plus de 800.
De son côté, FO Unedic a fait état de "plus de 75%" de grévistes. A l'ANPE, le Snu (premier syndicat) a annoncé "plus de 30%" de grévistes, jugeant que "cela se situe dans la moyenne haute des grèves à l'Agence, même si c'est inférieur à la grande grève de mars 2007" (43% à 51%), a indiqué Noël Daucé. A Paris, près de 400 personnes ont manifesté devant le ministère de l'Economie et de l'Emploi contre une fusion ANPE-Unedic qui pourrait engendrer un "outil hybride et monstrueux", selon les termes de Rubens Bardaji (CGT ANPE). Des rassemblements ont aussi eu lieu en province.
Fusion "à risques"
Qualifiant cette mobilisation de "succès", la confédération CGT a demandé à la ministre de l'Economie et de l'Emploi Christine Lagarde des "garanties" claires pour les personnels concernés. Aux Assedic, cinq syndicats (CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC, CGT) avaient appelé à la grève pour défendre la convention collective et garder la collecte des cotisations chômage, que le gouvernement veut transférer d'ici 2012 aux Urssaf. CGT et FO demandent aussi le retrait total du projet de fusion. Les trois principaux syndicats de l'ANPE (Snu, CGT, FO) et Sud avaient aussi appelé à une grève contre le projet de fusion avec l'Unedic et les Assedic, jugeant qu'il "organise une privatisation du service public de l'emploi" contraire aux "intérêts des chômeurs".
Le Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP), "persuadé de l'intérêt d'un rapprochement opérationnel" mais contre "une fusion" porteuse de "risques" pour les usagers, soutenait ces appels à la grève. La présidente de l'Unedic Annie Thomas (CFDT) a estimé mardi qu'il n'y avait pas de "refus" de la part des agents des Assedic du rapprochement avec l'ANPE, mais "des interrogations normales par rapport à leur emploi et aux conventions collectives". Sur la collecte des cotisations, "il faut bien considérer que ça concerne pratiquement 1.300 personnes au sein de l'Unedic: ce n'est pas rien", a souligné Mme Thomas.
A l'ANPE, les syndicats opposés à la fusion craignent que la réforme n'entraîne une évolution comparable à celle des Job Centers en Grande-Bretagne, à savoir, selon eux, moins de personnel pour suivre les demandeurs d'emploi, et des chiffres du chômage tronqués. "Quand le président de la République dit que pour être efficace, un service public doit radier à 8% (pourcentage de radiations par rapport aux chômeurs indemnisés, ndlr), au lieu de 2%, on voit très clairement ce qu'il veut comme service pour les demandeurs d'emploi, c'est-à-dire un aspect très coercitif", selon Loïc Barboux (FO ANPE). Les syndicats hostiles au projet dénoncent aussi une remise en cause du statut public des quelque 30.000 agents ANPE, modifiant l'exercice de certains droits, en cas de mutation ou en matière d'expression syndicale par exemple. (afp)
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