Une enquête judiciaire "d'une grande complexité" attend la brigade financière pour comprendre les mécanismes de la "fraude" record annoncée par la Société Générale, selon le parquet de Paris qui reste prudent sur d'éventuelles responsabilités pénales.
La banque a révélé jeudi matin avoir subi une perte de 4,9 milliards d'euros à la suite d'une fraude qu'elle attribue à un courtier, identifié, selon des sources concordantes, comme étant Jérôme Kerviel. Dans une lettre aux actionnaires parue vendredi dans la presse, le PDG de la Société Générale, Daniel Bouton, affirme que la société a découvert le 19 janvier "une très grosse fraude interne, commise par un collaborateur isolé de la division de banque de financement et d'investissement". "Les transactions en cause étaient simples - une position à la hausse des marchés actions - mais dissimulés par des techniques extrêmement sophistiquées et variées", détaille-t-il.
Plusieurs experts financiers interrogés jeudi ont en mis doute les explications avancées par la Société Générale. Il est "curieux que quelqu'un qui, semble-t-il, n'avait pas de très grosses responsabilités" ait pu seul provoquer de telles pertes, a notamment estimé un analyste d'une société de gestion parisienne. "L'affaire s'annonce d'une grande complexité", avance prudemment pour sa part le parquet de Paris, qui a ouvert jeudi une enquête préliminaire confiée à la brigade financière.
Le terme de "fraude" employé par Daniel Bouton est "un mot déjà connoté", a-t-on confié au parquet, selon qui "à l'heure actuelle, on ne peut pas dire ce qu'il y a derrière cette affaire". "Il est prématuré de tirer une quelconque conclusion", a encore estimé le ministère public, qui évoque les auditions, expertises informatiques et confrontations que devront mener les enquêteurs pour mettre au jour le mécanisme ayant conduit à la perte record. La connaissance de cette affaire repose sur la seule version présentée par la banque, selon une source proche du dossier, rappelant que le courtier mis en cause n'a pas encore été entendu par les enquêteurs.
Une autre source proche du dossier s'est pour sa part "étonnée" que son nom ait été "lâché si vite" dans la presse. Le courtier n'est pas en fuite et se tient "à la disposition de la justice", a assuré son avocate Me Elisabeth Meyer, jeudi soir. Elle n'avait pu être jointe vendredi. La plainte d'un actionnaire a été déposée à Paris pour "escroquerie, abus de confiance, faux et usage de faux, complicité et recel". Une autre annoncée par l'Association des petits porteurs d'actifs (APPAC) pour "diffusion de fausses informations ou trompeuses ayant agi sur le cours de Bourse des titres" n'était toujours pas enregistrée vendredi en fin de matinée.
La Société Générale a quant à elle engagé une procédure à Nanterre visant les chefs de "faux et usage de faux" et "atteinte au système de traitement automatisé des données". Le parquet de Nanterre devrait se dessaisir au profit de celui de Paris, selon ce dernier. (afp)


