L'Europe, qui bénéficie de tarifs gaziers très bon marché par rapport aux Etats-Unis, fera face à une augmentation du prix du gaz d'au moins 20% d'ici 2020. Cette hausse interviendra dans un contexte d'augmentation de la consommation de gaz par les ménages, de risque de pénurie et de concurrence entre l'Europe, la Chine et l'Inde pour accéder au gaz naturel en provenance de Russie, analyse le cabinet de conseil A.T. Kearney dans une étude.
Quant à la Belgique, qui dispose à Zeebrugge du deuxième plus important terminal gazier d'Europe, elle pourrait voir diminuer son importance stratégique au niveau du transit du gaz naturel. "Le gaz est un sujet d'actualité et comme l'a montré la Russie en stoppant l'approvisionnement en gaz de certains de ses voisins, le risque de pénurie existe", a déclaré Laurent Dumarest, partner chez A.T. Kearney et co-auteur de l'étude.
Consommation
Selon les estimations de la Commission européenne, la consommation européenne de gaz devrait progresser de 26% d'ici à 2020, en raison de la hausse de la consommation des ménages et de l'utilisation grandissante du gaz dans la production d'électricité. Pour la Belgique, la progression de la consommation de gaz naturel devrait se limiter à 1,5%, pour atteindre 22,4 milliards de mètres cubes en 2020, contre environ 18 milliards aujourd'hui.
Cette hausse de la consommation, couplée à une baisse de production des gisements gaziers en mer du Nord, va contraindre l'Europe à recourir davantage encore à des importations de gaz en provenance de Russie, Norvège, Algérie, Nigeria mais aussi du Qatar, voire de l'Iran, annonce Laurent Dumarest, qui prévoit une forte concurrence entre l'Europe, la Chine et l'Inde pour accéder au gaz russe.
Capacité limitée
En outre, le manque d'investissements dans les infrastructures (terminaux gaziers, gazoducs) risque de poser des problèmes de capacités en Europe. Au niveau des prix du gaz, la tendance est orientée à la hausse. "En Europe, sur les 10 prochaines années, à supposer que le cours du pétrole reste constant, le prix du gaz va augmenter de 20% en raison de convergences de prix entre les Etats-Unis et l'Europe", ajoute Laurent Dumarest.
Explication: l'usage de plus en plus important de gaz naturel liquéfié (GNL), plus flexible et permettant une plus grande diversification des importations que les gazoducs (pipelines), réduira l'écart de prix existant entre les Etats-Unis et l'Europe. Au désavantage de cette dernière.
Belgique
Chez nous, le paysage énergétique sera chamboulé par les conséquences de la fusion annoncée entre Suez et Gaz de France. La société Distrigaz, avec sa part de marché de 80% dans le marché belge et son portefeuille riche en contrats d'apprivoisement à long terme, ne manque d'ailleurs pas d'appâter de nombreux électriciens européens.
Quant à Zeebrugge, deuxième plus important terminal gazier d'Europe, il pourrait perdre quelque peu de son importance stratégique au niveau du transit du gaz naturel, à la suite des investissements prévus par l'Allemagne (pipeline "north stream" depuis la Russie), la France (terminaux gaziers) et la Grande-Bretagne. Une baisse d'influence probable qui n'est toutefois pas de nature à remettre en cause les investissements actuellement consentis par Zeebrugge pour doubler ses capacités de regazéification (de 4,5 à 9 milliards de mètres cubes par an) d'ici 2010, a conclu Laurent Dumarest.


