Crise alimentaire: Louis Michel épingle "la mode des biocarburants"

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Par: rédaction
15/04/08 - 17h12

Le commissaire européen à l'aide humanitaire, s'en est pris mardi à la "mode des biofuels", qui pourrait selon lui déboucher sur une "catastrophe" alimentaire dans les pays pauvres.

"Il y a très longtemps que je dis que la mode des biofuels peut être une catastrophe, notamment dans les pays qui ne sont pas en autosuffisance alimentaire", a-t-il affirmé devant la commission des relations extérieures du Sénat. Les agrocarburants "sont peut-être une aubaine dans les pays en surcapacité", mais ils peuvent induire dans les pays sensibles "une pression sur les terres qui aujourd'hui produisent de l'alimentation pour les gens", a-t-il dit.

Les carburants agricoles "ne sont qu'un élément dans une mosaïque complexe de facteurs déterminant les prix", a dit le porte-parole de M. Michel, pointant notamment la modification des habitudes alimentaires en Asie, qui a propulsé à la hausse les cours mondiaux. Selon l'analyse de la DG agriculture, le recours aux biocarburants "ne contribue pas significativement aux prix alimentaires élevés dans le contexte européen", contrairement aux Etats-Unis, où "la forte augmentation de la production de bioethanol a une influence majeure".

En Europe, les surfaces affectées aux plantes énergétiques ne représentent que 2% de la production céréalière, souligne la Commission, qui table en outre sur une conversion rapide des jachères. Au cours des dernières semaines, la Commission s'est mobilisée sur tous les fronts pour défendre, face aux critiques, sa stratégie visant à utiliser 10% de biocarburants dans les transports d'ici 2020. Le recours aux carburants agricoles a été durement attaqué par des organisations non-gouvernementales et par des agences des Nations Unies. Le rapporteur de l'ONU pour le droit à l'alimentation, Jean Ziegler, a même évoqué un "crime contre l'humanité".

De source diplomatique belge, on admet que "le contexte politique a changé" et que l'Europe devra modifier sa ligne de conduite, par exemple en durcissant les critères de durabilité, qui font l'objet actuellement de tractations intenses entre les 27 Etats membres.
Ces critères prévoient, dans leur formulation actuelle, de veiller à ce que les biocarburants utilisés en Europe offrent un avantage écologique réel par rapport aux combustibles fossiles et qu'ils ne nuisent pas à la biodiversité.

Il s'agit en outre de veiller à limiter les surfaces défrichées. L'UE pourrait aussi être amenée à revoir son objectif de 10%, a précisé la même source, selon laquelle un tel virage poserait un défi énorme à la Belgique, qui compte énormément sur les carburants agricoles pour tenir ses objectifs de réduction de C02. (belga)

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