Aucune chaîne ne veut diffuser en entier le film de l'extrémiste Geert Wilders

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Par: rédaction
7/03/08 - 15h04
MISE À JOUR

Aucune chaîne de télévision néerlandaise ne compte diffuser entièrement ou sans interruption le film du politicien Geert Wilders critiquant l'islam aux Pays-Bas, a indiqué ce dernier vendredi à l'issue de discussions avec les chaînes à ce propos.

Geert Wilders, parlementaire d'extrême droite et réalisateur du film Fitna, a discuté de la diffusion de son film avec plusieurs rédactions, mais s'est dit "profondément déçu" qu'aucune n'ait accepté de le transmettre dans son entièreté.

M. Wilders, leader du parti de la liberté (PVV, 9 sièges sur 150 au parlement), avait posé comme condition sine qua non la diffusion de son film du début à la fin, mais n'était pas opposé à la tenue d'un débat contradictoire avant et après celle-ci.

Il attend par ailleurs un calcul des coûts des mesures de sécurité qui devront être prises s'il souhaite présenter son film au centre de presse Nieuwspoort de La Haye. Sa décision dépendra notamment du montant de ces coûts.

M. Wilders dit vouloir montrer dans son film que le Coran, dont il a demandé l'interdiction et qu'il a comparé à Mein Kampf d'Adolf Hitler, est un "livre fasciste" qui incite à la violence.

Les tensions internationales se sont accrues cette semaine autour de la diffusion du film, mettant encore un peu plus sous pression les autorités néerlandaises, qui ont déjà relevé le niveau d'alerte antiterroriste et étudient les recours juridiques.

Craignant une affaire similaire à celle des caricatures danoises de Mahomet, le gouvernement néerlandais a tenté par deux fois, en vain, de convaincre le député Wilders de renoncer à sa diffusion. Le Premier ministre Jan Peter Balkenende a même solennellement prévenu le député des "graves risques (que courent) les Néerlandais et les intérêts néerlandais à l'étranger". Devant une trentaine d'ambassadeurs des pays musulmans réunis à La Haye, le ministre des Affaires étrangers a répété cette semaine que le gouvernement "est fondamentalement en désaccord avec M. Wilders".

Des pays comme l'Egypte et le Pakistan se sont indignés. Le parlement iranien a menacé de boycotter les produits néerlandais, tandis qu'en Afghanistan, une majorité écrasante des députés a fermement condamné l'idée. Dans une déclaration, ils ont appelé l'ONU et l'Organisation de la conférence islamique (OCI) "à ne pas permettre à la communauté mondiale de se retrouver confrontée à un défi dangereux et de confrontation à cause d'actes de personnes méprisables". Dans ce pays, où quelque 1.600 soldats néerlandais sont stationnés dans le cadre de la Force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf) de l'Otan, des manifestations quotidiennes rassemblent des centaines d'Afghans en colère dans les rues depuis dimanche. Et les talibans ont menacé d'augmenter leurs attaques contre ces troupes si "ce film insultant" était diffusé.

Craignant un terrorisme européen lié à un "noyau d'Al-Qaida en Afghanistan et Pakistan", les Pays-Bas ont relevé jeudi à "substantiel" leur niveau d'alerte antiterroriste. "Aggravant encore les menaces, les Pays-Bas ont été présentés de façon négative ces derniers temps dans le monde musulman en raison de la façon dont la discussion sur l'islam est menée par certains aux Pays-Bas, par exemple autour du film annoncé sur le Coran", a expliqué le ministère de la Justice.

Le parquet néerlandais a reçu au moins 45 plaintes contre M. Wilders pour "outrage à la religion" et "discrimination". Il devrait décider s'il y a lieu de poursuivre d'ici quelques semaines. Une porte-parole a par ailleurs indiqué que le parquet "s'est préparé, puisque le film a été annoncé" afin de pouvoir engager des poursuites immédiatement après sa diffusion.

Car le gouvernement, divisé sur cette question, se trouve dans l'impasse: grand défenseur de la liberté d'expression à l'étranger, il ne se voit pas jouer les censeurs avant même que le film ait été diffusé. Le film sera au menu des discussions lors du sommet de l'OCI la semaine prochaine à Dakar. M. Balkenende, qui multiplie les contacts sur le sujet depuis quelque temps, veut profiter du sommet de l'Union européenne la semaine prochaine à Bruxelles pour appeler ses homologues européens à exprimer leur soutien et leur solidarité. (belga)

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