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Frédéric Deborsu, l'auteur du reportage de "Question à la Une" sur l'islam diffusé mercredi dernier, est scandalisé par les propos de Philippe Moureaux. Hier soir, le bourgmestre de Molenbeek Saint-Jean avait comparé les méthodes du journaliste de la RTBF à celles de Goebbels.
"C'est comme ça que Goebbels essayait d'attaquer les Juifs comme maintenant certains aujourd'hui attaquent les Musulmans." Philippe Moureaux n'y est pas allé de main morte sur TV Maghreb, faisant référence à l'ancien ministre allemand avant la Seconde Guerre Mondiale, pour qualifier le reportage de "Question à la Une."
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Frédéric Deborsu, le journaliste de la RTBF et auteur du reportage, a réagi dans les colonnes du Soir face à ces accusations. "Cela m'atterre et m'attriste profondément. Je le vis très mal. Pour ce qui des attaques sur le reportage en tant que tel, les gens n'ont qu'à le regarder et le voir. Je m'en tiens au fait que la direction a validé ce reportage, l'estimant équilibré. Pour ce qui concerne l'aspect émotionnel en revanche, ces allusions sont extrêmement blessantes. Je viens d'une famille de grands résistants. Mon grand-père me racontait comment il a aidé des résistants et des Juifs. C'est dans cet esprit que j'ai été éduqué, comprenez mon désarroi en entendant cela."
"Un appel au politique"
Pas question pour lui de faire preuve de subjectivité, au contraire. "J'ai des amis musulmans qui m'ont dit que mon travail sur ce sujet était totalement objectif. Le but de ce reportage était de montrer la diversité et la vivacité de la communauté musulmane en Belgique. J'ai été extrêmement bien reçu, j'ai adoré ces rencontres. Le reportage s'achevait par un appel au politique, un appel à favoriser le vivre ensemble et à éviter les dérapages semblables aux réactions que l'on voit à présent. Quant aux attaques de M. Moureaux, qui estime que j'ai sélectionné ses propos, il est évident que nous n'avons pas diffusé les 45 minutes d'interview qu'il nous a accordées. Nous avions fait le choix d'interventions courtes pour avoir le maximum d'intervenants."
La RTBF réagit dans un communiqué
Par ailleurs, la chaîne publique a tenu à réagir elle aussi aux propos de Philippe Moureaux. La RTBF a publié un communiqué cet après-midi, pour dénoncer les accusations du bourgmestre de Molenbeek. Le voici dans son intégralité.
"La RTBF a pris connaissance, ce mardi, avec stupeur et indignation des qualificatifs et comparatifs utilisés par le bourgmestre de Molenbeek Philippe Moureaux concernant l'émission Questions à la une du 11 avril dernier.
Le reportage de l'équipe de Questions à la Une pose la question, sur base de plusieurs études et de faits d'actualité, de la réislamisation des communautés arabo-turques et de la radicalisation partielle d'une petite minorité de ses membres. Il montre que des écrits et des paroles circulent, par exemple, sur la place et le rôle des femmes tels que vus par certains et donne la parole à des acteurs culturels et politiques qui montrent que la question est bien d'intérêt public, le fait d'une minorité, et qu'elle suscite débat dans la communauté musulmane elle-même.
Le travail a été réalisé en respectant tous les points de vue y compris celui de Philippe Moureaux. Il a été fait sur base des critères journalistiques et déontologiques conformes à la pratique professionnelle d'usage et fidèles à la ligne éditoriale de l'émission Questions à la Une, les mêmes que ceux que l'émission applique depuis sept ans et qu'elle a mis en ?uvre au cours de ces années pour aborder plus de trois cents sujets d'actualité. Pour rappel, le reportage de ce mercredi 11 avril a, par ailleurs, été prolongé d'un débat avec des interlocuteurs totalement pertinents sur ces dossiers.
La RTBF et son directeur de l'information ne peuvent en aucun cas admettre les accusations gratuites de pure manipulation et d'usage de méthode "à la Goebbels" telles que proférées par le bourgmestre de Molenbeek sur la chaine Maghreb TV.
Cette prise de position est particulièrement déplacée au regard d'une émission qui fait partie d'une rédaction où l'information est réalisée en toute autonomie et indépendance. Elle est également outrancière en comparaison à une période de l'histoire où la liberté de la presse était réduite à néant et où les droits d'expression des médias et de la population étaient totalement bafoués, interdits et cruellement réprimés.
La RTBF, la direction de l'information et l'équipe de Questions à la Une rappellent les conclusions du reportage de Frédéric Deborsu : "La population arabo-turque est en constante augmentation en Belgique. Elle est variée, très souvent conviviale, parfois repliée sur elle-même mais pour de nombreux musulmans, l'intégration est parfaitement réussie. Mais le pouvoir politique doit désormais se retrousser les manches pour éviter les dérapages et favoriser le vivre ensemble".
Une plainte déposée?
La chaîne publique n'a pas déposé plainte mais n'en exclut pas la possibilité. "On attend de voir comment la situation va évoluer", a expliqué son porte-parole Bruno Deblander à l'agence Belga.
Fadila Laanan, ministre en charge de l'Audiovisuel au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ne souhaite pas commenter les propos du bourgmestre, a indiqué sa porte-parole.



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