Combien ça coûte existe depuis presque 20 ans et son succès ne se dément pas. Voilà que désormais, le concept se décline également en
libraire. Le livre Combien ça coûte - Consommer plus en dépensant moins est en effet disponible depuis quelques semaines. Jean-Pierre Pernaut, à la tête de l'émission depuis ses débuts, ne cache pas sa satisfaction. Interview.
Combien ça coûte existe depuis 19 ans. Je suppose que vous n'imaginiez pas une telle longévité...
L'émission comme nous l'avons créée était destinée à la deuxième partie de soirée, au mois de juillet 1991. Avec une tentative. C'était une double première. C'était la première fois en France qu'on avait une émission que les Américains appellent de l'infotainement, information et divertissement. Et en plus, c'était sur un thème qui était complètement tabou à l'époque : l'argent. Dans le 13 h aussi, je commençais à m'intéresser aux sujets liés au pouvoir d'achat et aux dépenses des Français. C'était cette double première qui fait que cette émission a bien fonctionné dès le début. Si bien que TF1 a décidé de nous laisser à l'antenne à la rentrée en 1991. Nous y sommes toujours.
L'émission est quasiment passée du divertissement au besoin...
Oui. Enfin, ça a toujours été les deux. On a toujours un ton amusé sur les choses. On n'est pas une émission règlement de compte. On s'amuse par exemple gentiment des communes qui créent des parkings souterrains pour les voitures en oubliant de faire une entrée, d'un village de montagne qui veut construire des remontées mécaniques, qui en construit une à grands frais sur un versant de montagne où il n'y a jamais eu de neige. De l'argent gaspillé, il y en a eu des exemples criants mais il y en a de moins en moins quand même, les élus font plus attention ou sont mieux formés, je ne sais pas.
Pourquoi ce livre?
Il nous semblait intéressant de regrouper toutes les idées que peuvent avoir les gens pour mieux dépenser. Avant, on dépensait par habitude, on allait dans le même magasin, on assurait sa voiture chez le même assureur que son père ou son grand-père. On ne négociait pas. Maintenant, on est habitué à faire attention à nos dépenses tout le temps. On sait qu'on peut négocier. On essaie de voir si l'assureur voisin ne peut pas nous faire un contrat moins cher que celui chez lequel on va d'habitude. On parle par exemple des sites internet, qui sont parfois fantastiques tandis que d'autres sont faits par des escrocs. On donne des bonnes idées mais c'est aussi un livre de mise en garde. On dit que si c'est moins cher, c'est peut-être parce qu'il n'y a pas les mêmes garanties, que ce n'est pas le même contrat, ou qu'il n'y a pas de service après-vente. On a aussi pris en compte, et ce dans tous les domaines de la vie quotidienne, la naissance d'un nouveau commerce : outre Internet, il y a aussi de plus en plus de magasins où on vend de l'équipement d'occasion. On peut acheter des vêtements d'occasion par exemple aujourd'hui.
Vous continuez à faire vos courses vous-même?
J'ai toujours essayé malgré mon travail et mes revenus qui sont aisés maintenant de ne pas changer mon comportement à l'égard de l'argent. Mes parents m'ont appris à le respecter, à travailler. C'est ce que j'apprends aussi à mes enfants. Je ne suis ni un flambeur, ni un radin, je fais mes courses, je fais attention. Je fais peut-être moins attention que d'autres puisque je n'ai pas de problème de pouvoir d'achat grâce à mes revenus mais je ne fais pas de bêtises avec l'argent. J'aime l'automobile mais je n'achète pas de voiture de luxe par exemple. J'ai une voiture familiale. Je fais mes courses normalement toutes les semaines. On se partage le boulot ma femme et moi en fonction de nos activités respectives.
Dans quel domaine faites-vous des économies?
Il n'y a pas vraiment de domaines où je dois faire des économies, puisqu'aujourd'hui, je gagne bien ma vie. Je n'ai pas sans arrêt à me poser la question. Je ne me demande pas comment je vais faire à la fin du mois. J'ai cette chance, je m'en rends compte. Je ne regarde pas systématiquement le prix des choses.
Ca fait donc 19 ans que vous présentez Combien ça coûte, et plus de 20 ans que vous présentez le JT. Vous ne vous lassez pas?
Non, parce que tout évolue. Combien ça coûte a changé au fil des ans. Le contenu aussi change, on essaie de coller aux préoccupations des gens. Quant au journal de 13 h, c'est 98% de mon temps, 98% de ma passion. C'est un travail quotidien extraordinaire, je suis à la tête d'une équipe de 250 journalistes à Paris et 150 en région, ce qui permet d'être au plus près des gens. C'est passionnant de diriger une équipe de gens qui eux-mêmes sont passionnés. C'est un travail quotidien riche, enrichissant, formidable pour moi. La cerise sur le gâteau, ce sont les audiences : la réponse des téléspectateurs à ce qu'on fait est formidable, on en est très fier.
Secret Story est terminé. Vous êtes heureux?
Pas du tout. J'ai formulé des propos qui ont été un peu caricaturés. J'ai simplement dit que Secret Story ne fait pas partie des programmes qui sont destinés aux gens de mon âge. Je ne regarde pas cette émission. Cela dit, pour TF1, c'est une émission qui marche donc je suis content pour eux.
Vous fêterez vos 60 ans l'année prochaine. C'est un cap particulier à vos yeux?
Pas du tout. J'en veux terriblement aux gens qui pensent qu'aujourd'hui, à 60 ans, on rejoint le groupe des seniors. J'en veux aux entreprises qui, en France notamment, on considère qu'à partir de 50 ans on est has-been. Dans tous les pays développés, on tient compte de l'expérience des gens. A 60 ans, on est encore jeune aujourd'hui. Hier, par exemple, pour la première fois de ma vie, j'ai piloté une Formule 1 et je peux vous dire qu'à 30 ans, j'aurais eu aussi la trouille qu'aujourd'hui. A 60 ans, on ne fait pas de bilan. On continue une carrière qu'on a entamé il y a, certes, un moment et on essaie de profiter de l'expérience qu'on a et d'en acquérir encore. La retraite à 60 ans me paraît une totale hérésie aujourd'hui.
La suite, c'est donc une continuité?
Je continuerai mon travail tant que j'ai la pêche, tant que j'ai la confiance de mes patrons, tant que les téléspectateurs apprécient ce qu'on fait. Quand je suis arrivé au journal de 13 h, j'avais 38 ans et je pensais que j'étais là pour la semaine. Aujourd'hui, je pense aussi que je suis la pour la semaine. Ca fait 22 ans que je travaille pour bien faire les choses du lendemain, sans avoir de plan de carrière. On verra bien.
Déborah Laurent


