"Il est mort dans mes bras"

Laëtitia Milot parle de Yannis, son premier grand amour, avec émotion. Elle lui rend brièvement hommage dans son livre. "Je ne voulais pas m'attarder, ça aurait été trop difficile à résumer et puis, je ne voulais pas d'un livre triste". Et Dieu sait si la fin de leur histoire l'a été.

Alors âgé d'une petite vingtaine d'années, le couple décide de quitter Aix-en-Provence pour Paris. Elle rêve d'être actrice, lui infographiste. "Mais rien ne fonctionnait". Un soir, en rentrant du travail, Yannis évoque les picotements qu'il ressent au menton. "Quelques jours plus tard, un bouton commence à pousser au même endroit." Les amoureux ne s'inquiètent pas outre mesure. Jusqu'à ce que le menton du garçon se mette à enfler. Ils se décident enfin à consulter un médecin. Il est déjà trop tard: le couperet tombe, Yannis à une tumeur maligne au menton.

"Ce genre de choses", raconte Laëtitia, "on pense toujours que ça n'arrive qu'aux autres. Tout semblait si irréel. (...) C'est un enchaînement de mauvaises nouvelles: Vous avez trop attendu pour consulter un médecin, ses os sont touchés, puis Yannis (...) n'a plus que quelques mois à vivre... trois tout au plus."

Laëtita et Yannis ne se laissent pas abattre. "Yannis me dit qu'il n'a pas peur de cette maladie, qu'il va se battre et la vaincre. Et effectivement, il se bat comme un lion. "La chimiothérapie lui fait perdre ses cheveux, ses cils, ses sourcils, mais la boule toute rouge qu'il a au menton ne disparaît pas." Il se fait opérer. "Nous attendons près de quinze heures qu'il sorte du bloc. Deux semaines plus tard, lorsqu'on lui enlève ses bandages, je découvre un autre homme: les dents de sa mâchoire inférieure ont été arrachées, la moitié de sa langue à dû être coupée."

Un amour plus grand que jamais
Laëtita fait face. "Mon amour est plus grand que jamais." Au bout de cinq mois d'enfer quotidien, elle décide de trouver du travail, pour s'aérer la tête, et puise à l'extérieur l'énergie suffisante pour affronter tout ça. Elle devient ouvreuse dans un cinéma. C'est là qu'elle rencontre Badri, qui deviendra son mari quelques années plus tard.

Six jours avant son anniversaire et après un beau dernier voyage en amoureux, l'état de Yannis empire. Il poussera son dernier soupir dans les bras de sa belle. "Je pose ma tête sur son coeur et j'écoute ses battements, toute la nuit durant. Le lendemain, le 13 novembre 2001, à midi, son dernier battement retentit. Il avait 22 ans. Il n'avait
jamais fumé de sa vie, jamais bu, c'était un homme sain. Dans ces moments-là, tu as la haine envers la maladie et envers Dieu. Et cette rage m'a longtemps habitée. Yannis restera toujours un héros pour moi, car jusqu'au dernier jour, il n'a pas baissé les bras."

Laëtitia voit désormais les choses autrement. "Aujourd'hui, quand je dis au revoir à Badri, je le fais comme si c'était la dernière fois que je le voyais. Je n'attends jamais ni pour un je t'aime, ni pour l'embrasser, ni pour lui faire l'amour."

Dé.L.
08/03/10 16h57
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