Le financement de la RTBF en discussion

Le financement de la RTBF et l'hypothèse d'une radio-télévision de service public sans publicité ont été vendredi au centre des débats d'un colloque plus généralement consacré au financement de l'audiovisuel public, auquel ont participé une bonne centaine de personnes.

Dans le sillage des remous provoqués en France par le projet de retirer la publicité aux chaînes publiques de télévision, le colloque a rassemblé une centaine de personnalités du monde de la publicité, de la politique et des médias sur le thème "Publicité et financement dans l'audiovisuel public".

Adversaires et partisans de la pub sur le petit écran ont ainsi pu dialoguer au sein de l'hémicycle du parlement de la Communauté française, dans la perspective de débats futurs que pourraient mener les parlementaires sur ce thème, reconnu de nature largement politique par les participants.

Les représentants de la RTBF et des télévisions locales se sont montrés peu favorables à l'idée de se passer de la publicité, les partisans de la suppression se retrouvant plutôt dans les rangs des associations de défense du service public, qui ont invoqué le nécessaire courage politique qu'appelle une telle décision de suppression.

Les participants se sont notamment penchés sur les conséquences d'un retrait de la publicité et sur les autres moyens de financement possible de l'audiovisuel public en Europe.

Ainsi, Christine Steinbach (plate-forme anti-pub) a mis en évidence l'incompatibilité des missions de service public avec l'incitation à la consommation véhiculée par la publicité. Le débat public sur la pub dans l'audiovisuel public doit être précédé d'une étude scientifique indépendante, a-t-elle revendiqué.

Frédéric Antoine (Observatoire du récit médiatique, UCL) a lancé l'idée de certaines plages horaires des programmes radio ou TV sans publicité ou encore d'une partie des chaînes publiques sans publicité.
Pour la télévision locale Télé-Bruxelles, Marc De Haan a refusé toute idée de supprimer la publicité, sans laquelle sa télévision ne pourrait tout simplement plus exister.

Au nom du réalisme, Jean-Paul Philippot (RTBF) a défendu le maintien de la publicité à Reyers, pour les mêmes raisons financières. Selon lui, la suppression n'aurait d'effet que sur un quart de l'audience francophone belge (qui regarde aussi les chaînes françaises et privées). Il préconise une meilleure éducation du public à la publicité.

Les stratégies publicitaires dans l'audiovisuel, les problèmes éthiques rencontrés et les moyens de régulation actuellement disponibles ont aussi été évoqués. Frank Meisman (Conseil de la publicité) a affirmé que les annonceurs avaient besoin de la RTBF; elle leur permet de toucher 37% de leur public cible.

Catherine Rousseau (association de consommateurs CRIOC) a parlé d'une publicité qui avance aujourd'hui "de plus en plus masquée" car elle se cache sous de nouvelles technologies (placement de produits dans des films) ou fait irruption dans l'enseignement. Les journalistes s'emploient à adapter leur déontologie face à ces évolutions, a fait remarquer Martine Simonis (Association des journalistes professionnels).

A propos de la viabilité des missions de service public face à la publicité, Patrick Godinot (asbl RESPIRE) a dénoncé le fait que la RTBF, financée à 77% par l'argent public, aide le secteur privé de la publicité à diffuser son message. Il a souhaité un débat citoyen sur la question, qui serait relayé par le parlement de la Communauté française.

Bernard Hennebert (Consoloisirs) a décrit une RTBF sans pub. Selon lui, cela laisserait la place à la revalorisation des émissions consuméristes, à des plages de rediffusion, à des émissions de plateau faisant appel aux archives: faire moins mais faire très bien. Pour lui, il est faux d'affirmer qu'il faudrait trouver "beaucoup d'argent" pour remplacer les revenus de la publicité à la RTBF.

Yves Bigot, ex-programmateur des grandes chaînes française, actuellement à la RTBF mais en partance pour le producteur privé Endemol, a assuré qu'il n'avait pratiquement jamais été influencé par une régie publicitaire dans la confection de grilles de programmes. Pour lui, la présence ou l'absence de publicité ne constitue pas vraiment un problème. Il estime que les adversaires de la publicité pourraient faire plus de tort que de bien au service public.La télévision est un lien social et le seul qui ait une conscience, c'est le service public. Il faut en prendre soin, a-t-il dit. (belga)
09/05/08 19h58
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