"Cela fait deux ans que je me tue à le dire: je ne suis pas un terroriste", a déclaré vendredi Bahar Kimyongür, militant du mouvement turc d'extrême-gauche DHKP-C, au lendemain de son acquittement par la cour d'appel d'Anvers des préventions d'association de malfaiteurs et d'appartenance à un groupe terroriste.
Le Comité pour la liberté d'expression et d'association (CLEA) et la Ligue des droits de l'homme ont également salué l'arrêt. "Avec le verdict de la cour d'appel d'Anvers, trois juges ont décidé de ne plus capituler", s'est réjoui le CLEA, qui affirme que la cour a pourtant été "soumise, jusqu'aux derniers moments, aux pressions du ministre de l'Intérieur Patrick Dewael".
Loi anti-terroriste
La Ligue des droits de l'homme a avoué, par le biais de son président Benoît Van der Meerschen, qu'elle "ne s'attendait pas à ces attendus-là". "Ce procès doit permettre de se poser des questions sur la loi anti-terroriste votée il y a quelques années", a déclaré Benoît Van der Meerschen. "La notion d'activité terroriste est tellement floue que de nombreuses associations peuvent se sentir visées par la loi et on pourrait condamner n'importe quelle association qui proteste en vertu de cette loi."
Me Jan Fermon, un des avocats de la défense, abonde dans le sens de la Ligue. "En recentrant le débat, la cour d'appel d'Anvers a rendu service à la loi anti-terroriste", a-t-il affirmé. "La cour de cassation a annulé les décisions de Bruges (tribunal correctionnel) et Gand (cour d'appel), c'est l'illustration même que la définition du terrorisme est mauvaise, parce qu'elle est confuse et imprécise."
Acharnement
L'avocat souligne aussi que les actes compris comme "terroristes", tels que des meurtres de masse, sont déjà réprimés par la loi pénale. Tous les intervenants sont également revenus sur le rôle du procureur fédéral Johan Delmulle. Ils ont dénoncé son acharnement à tenter de démontrer que les sept prévenus étaient bien coupables d'appartenance à un groupe terroriste, utilisant pour ce faire des policiers chargés de vérifier toutes les pistes possibles et imaginables.
Si certains des acquittés avouaient avoir bien dormi pour la première fois depuis deux ans, Bahar Kimyongür a annoncé que son combat était loin d'être fini. Il est en effet toujours fiché à Interpol. Il a cependant reconnu la "raison" et le "courage" dont ont fait preuve les conseillers de la cour d'appel d'Anvers. "Il s'agit d'une victoire pour tous les démocrates", a-t-il conclu.


