Le parquet fédéral a exposé vendredi, devant la cour d'appel d'Anvers, les raisons qui, à ses yeux, font du DHKP-C une organisation criminelle, voire terroriste, renvoyant aux nombreuses pièces à conviction compromettantes accumulées en cours d'enquête. Le Parti révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C), mouvement turc d'extrême gauche, a été fondé dans les années 1970 par le prévenu Dursun Karatas, en résistance à l'Etat turc.
Attentats
"Le groupement combat la Turquie 'capitaliste et corrompue', et tous les moyens sont bons pour faire tomber le régime", a déclaré la magistrate fédérale Leen Nuyts. Le DHKP-C a commis plusieurs attentats contre des institutions publiques en Turquie. En Belgique, il a revendiqué une attaque aux cocktails Molotov visant le siège d'une compagnie aérienne turque à Bruxelles, en 1992. Des cellules du groupement sont actives en Belgique, en France, aux Pays-Bas, en Allemagne et en Grande-Bretagne. Le mouvement est interdit dans ces deux derniers pays et figure sur la liste des groupes considérés comme terroristes par l'Union européenne.
En Belgique, le DHKP-C était notamment actif à Bruxelles, où il possédait un bureau d'information, ainsi qu'à Duinbergen, près de Knokke-Heist, où un appartement a un certain temps abrité son Bureau central. Les huit prévenus comparaissant devant la cour d'appel d'Anvers sont poursuivis comme dirigeants ou membres d'une organisation criminelle à visée terroriste, pour infractions à la loi sur les armes, faux en écriture et recel. Musa Asoglu et Bahar Kimyongür sont les seuls à être poursuivis sur base de la loi du 19 décembre 2003 relative aux infractions terroristes. En juin 2004, ils avaient revendiqué, dans des tracts, l'attentat contre un bus à Istanbul.
Criminelle
Dans son réquisitoire, le parquet fédéral a expliqué le fonctionnement interne du DHKP-C. "Qui veut en devenir membre, doit d'abord envoyer un CV mentionnant ses activités criminelles. Avoir déjà commis des attentats est un plus. Une fois membre du mouvement, on ne peut pas en sortir facilement. L'identité des traitres est rendue publique. Dans le pire des cas, ils reçoivent une balle dans le genou ou sont tués. Le DHKP-C dispose de ses propres tribunaux, habilités à prononcer la peine de mort", a affirmé Johan Delmulle.
De nombreuses pièces à conviction compromettantes ont été trouvées lors de perquisitions menées en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne, pièces qui montrent la volonté du DHKP-C de commettre des attentats, selon le ministère public. Ainsi, les enquêteurs ont mis la main sur un document relatif à l'achat d'uranium dans l'ancienne Union soviétique, et qui faisait aussi mention de bombes, de dynamite et de TNT. Il avait finalement été renoncé à l'achat, considéré comme trop coûteux et risqué.
Des documents évoquant des attaques contre des officiers, des plans de bureaux de police et de bâtiments publics, des photos d'exécutions déjà opérées et un syllabus sur la vie et les activités d'un guérillero avaient également été découverts. Aux yeux du ministère public, les faits reprochés aux prévenus sont suffisamment étayés. Il requerra les peines après avoir entendu les plaidoiries des défenses, qui auront la parole à partir de lundi.
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