En dépit des appels des responsables néerlandais, qui craignent une crise internationale comparable à celle des caricatures danoises de Mahomet, et des menaces contre les Pays-Bas, le député d'extrême-droite Geert Wilders a mis jeudi soir sur internet un film amalgamant terrorisme et islam.
Affaire grave
L'affaire est jugée assez grave à La Haye pour que le Premier ministre Jan Peter Balkenende "regrette" la diffusion du film, dans une déclaration solennelle, en néerlandais et en anglais. Le ministre des Affaires étrangères Maxime Verhagen a indiqué avoir contacté les ambassades "dans les pays concernés", sans entendre parler de réaction. Il doit évoquer la question avec ses homologues européens ce vendredi. Le ministère de l'Intérieur a indiqué à l'agence ANP peu avant minuit que tout était calme dans le royaume.
Le Coran comparé à Mein Kampf
Comme il l'annonçait depuis novembre, Geert Wilders, 44 ans, fondateur et chef du Parti de la liberté (PVV, 9 députés sur 150), a diffusé un court-métrage de 17 minutes pour montrer ce qu'il appelle le caractère "fasciste" du Coran, livre dont il a demandé l'interdiction et comparé au Mein Kampf d'Hitler.
Montage calculé
Fitna (en arabe: division et discorde au sein de l'islam) est visible sur le site d'échange de vidéos liveleak.com, spécialisé dans les images d'actualité et de guerre, basé à Manchester. Selon les juristes interrogés par les télévisions néerlandaises, il est remarquablement réalisé pour ne pas enfreindre la loi. M. Balkenende a indiqué que le parquet national enquêtait.
Images violentes
Fitna mélange des images violentes de terrorisme (attentat contre le World Trade Center de New York en 2001...), des exécutions dans des pays musulmans non identifiés, des discours violemment anti-juifs de dirigeants iraniens, ou encore des vues de "l'islamisation des Pays-Bas et de l'Europe" (femme voilée sur fond de paysage champêtre) avec des sourates du Coran justifiant généralement les châtiments exemplaires pour les non-musulmans. Des pendaisons d'homosexuels ou des mutilations génitales féminines ont pour commentaire: "Les Pays-Bas du futur?". Il se conclut avec un bruit de page déchirée, précisant qu'il s'agit de celle d'un annuaire téléphonique. "Ce n'est pas à moi, mais aux musulmans eux-mêmes, de déchirer les versets malveillants du Coran", peut-on lire en banc-titre. "Arrêtons l'islamisation. Défendons notre liberté".
Film "convenable"
Geert Wilders a jugé dans un entretien à ANP que le film, vu quatre heures après sa diffusion par des millions de personnes, en néerlandais et en anglais, était "convenable et n'enfreint pas la loi". Il estime encore qu'il n'est pas destiné à provoquer le désordre, mais décline toute responsabilité en cas de violences ou de boycott des Pays-Bas.
Volontairement offensant
"Le film amalgame Islam et violence, nous rejetons cette interprétation", a dit M. Balkenende dans sa déclaration télévisée. "Nous regrettons que M. Wilders ait diffusé ce film", a-t-il poursuivi. "Nous pensons qu'il n'a d'autre but que d'offenser. Mais se sentir offensé ne doit jamais être une excuse pour l'agression ou la menace".
Menace de boycott et d'attaques
Dès l'annonce de ce projet, en novembre, des pays musulmans comme l'Iran ou l'Egypte se sont indignés, menaçant les Pays-Bas d'un boycott économique. Et fin février les talibans ont menacé d'attaquer les quelque 1.660 soldats néerlandais déployés en Afghanistan dans le cadre de la Force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf) si ce "film insultant" était diffusé. De nombreuses associations musulmanes néerlandaises ont déjà appelé les fidèles au calme.
Souvenir des caricatures
Le gouvernement a tenté à plusieurs reprises, mais en vain, de convaincre M. Wilders de renoncer à son projet, redoutant une crise comparable à celle qu'a provoqué la publication par la presse danoise de caricatures de Mahomet. Mais les autorités, comme les quelque 1.500 manifestants anti-Wilders samedi à Amsterdam, continuent à défendre la liberté d'expression, sauf violation de la loi.
Sondage troublant
Selon un sondage de la chaîne de télévision privée RTL jeudi soir sur un échantillon non défini, 65% des personnes ayant vu le film estiment que M. Wilders avait eu raison de le réaliser. Un tribunal doit statuer ce vendredi matin sur un référé déposé par une association musulmane néerlandaise contre le court-métrage.
Protection pour Wilders
Geert Wilders vit sous protection policière depuis l'assassinat en novembre 2004 du polémiste Theo van Gogh par un islamiste radical, après un film dénonçant l'oppression des femmes par l'islam. (afp)
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