Une adaptation au théâtre des Versets sataniques de Salman Rushdie a été jouée en première mondiale dimanche sous protection policière, à Potsdam, au sud de Berlin.
La surveillance policière avait été décidée pour ce spectacle adapté du roman qui avait valu à Rushdie, en 1989, une fatwa de l'imam Khomeiny le condamnant à mort parce qu'il aurait offensé l'islam. Depuis lors d'autres manifestations culturelles plus provoquantes que ce roman, notamment aux Pays-Bas et au Danemark, ont déclenché de réactions violentes de militants islamiques.
"Tout s'est bien passé", a résumé Rudi Sonntag, porte-parole de la police de Potsdam, à l'issue de la représentation. La présence policière aux abords du théâtre Hans-Otto de Potsdam était visible sans être spectaculaire, avec quelques policiers devant le hall d'entrée et d'autres à l'intérieur.
La pièce, qui a duré plus de 3h30, a été très applaudie par la plupart des 400 spectateurs, même si certains, après le rideau final, ont confié aux micros des journalistes qu'ils l'avaient trouvée "ennuyeuse".
Complexe, érudit, allégorique et parfois abscons, le spectacle, conçu et mis en scène par Uwe Eric Laufenberg -avec Marcus Mislin- se voulait une fidèle adaptation du roman. Cette fidélité a d'ailleurs été "vérifiée" par l'auteur britannique lui-même, selon M. Laufenberg, qui a voulu à travers ce projet présenter au public une oeuvre "diabolisée et jugée alors qu'on ne la connaît pas vraiment".
Les éléments ayant valu à Salman Rushdie la colère d'une partie du monde musulman ont été conservés, et notamment ces scènes où le personnage du prophète Mahound -claire allusion au fondateur de l'islam, Mahomet-, abusé par Satan, prêche la croyance en d'autres divinités qu'Allah, avant de reconnaître son erreur et de se rétracter.
Mais le spectacle est également parfois peu consensuel sur la forme: ainsi cette scène d'attentat terroriste, perpétré par une femme voilée qui, en soulevant sa robe, montre son ventre bardé d'explosifs, mais également son sexe.
La communauté musulmane d'Allemagne avait réagi par avance en "regrettant" cette semaine cette programmation, sans vouloir s'y opposer formellement. "Nous trouvons regrettable que, ces derniers temps, il y ait fréquemment des attitudes provocatrices envers les musulmans", avait ainsi estimé le président du Conseil de l'islam d'Allemagne, Ali Kizilkaya.
Cet épisode survient quelques jours après la diffusion sur internet d'un film violemment anti-islam réalisé par le député néerlandais d'extrême-droite Geert Wilders, qui fait craindre des réactions violentes de le monde musulman. En novembre 2004, un polémiste néerlandais, Theo Van Gogh, avait été assassiné à Amsterdam par un extrémiste islamiste après la diffusion d'un de ses films, sur les femmes et l'Islam.
En février dernier, 17 journaux danois avaient publié à nouveau une caricature du prophète Mahomet, suscitant de nouvelle menaces contre l'Europe d'Oussama ben Laden, le chef du réseau terroriste terroriste Al-Qaïda. Cette caricature et onze autres de Mahomet avaient provoqué une vague de violence dans le monde musulman qui avait fait une centaine de morts en 2006.
A l'automne 2006, le monde culturel allemand avait été marqué par la déprogrammation d'une mise en scène de l'opéra Idoménée de Mozart, à cause d'une scène controversée autour de Mahomet. L'oeuvre avait finalement été jouée en décembre de la même année. (afp)


