L'Union européenne veut desserrer l'étau sur Gaza et s'apprête à proposer un "nouveau mécanisme" en vue d'améliorer et d'augmenter le passage des biens et des personnes dans ce Territoire palestinien soumis à un rigoureux blocus israélien.
Augmenter "de façon substantielle" l'approvisionnement
Selon un document de travail qui sera soumis lundi aux chefs de la diplomatie de l'UE et dont l'AFP a eu copie, "l'UE est prête à contribuer à la mise en oeuvre d'un nouveau mécanisme fondé sur l'accord de 2005 sur les déplacements et l'accès au point de passage de Rafah (reliant l'Egypte à Gaza, ndlr) qui permette la reconstruction de Gaza et la relance de son économie".
Concrètement, "l'objectif est d'augmenter de façon substantielle le passage et le volume des marchandises" vers Gaza que ce soit par voie terrestre ou "éventuellement" par voie maritime, a précisé une source diplomatique européenne. Un "consensus" existe au niveau européen sur ce thème, a indiqué un autre diplomate européen.
Un blocus "inacceptable"
Les Européens souhaitent également qu'Israël révise sa liste, jamais officiellement publiée, des produits autorisés à Gaza. L'UE souhaite que soit plutôt mise en place une liste des produits interdits. Tout ce qui ne serait pas sur cette liste se retrouverait ainsi autorisé de facto.
Selon un rapport publié cette semaine par l'organisation israélienne des droits de l'homme Gisha, Israël laisse entrer 97 produits seulement dans la bande de Gaza, contre plus de 4.000 avant le renforcement du blocus en 2007, et quatre fois moins de chargements de camions de marchandises. "C'est inacceptable", a affirmé une source proche de la présidence espagnole de l'UE.
Préoccupations "légitimes" d'Israël quant à sa sécurité
En théorie, les fournitures humanitaires sont autorisées à entrer sur le territoire à l'exception de celles pouvant être utilisées pour la fabrication d'armes (fertilisants,etc). Le projet de proposition européen précise cependant qu'il faudra "un contrôle strict" sur la destination des marchandises importées et exportées, en notant que les préoccupations d'Israël concernant sa sécurité sont "légitimes".
"Pour garantir la pleine sécurité des approvisionnements, nous proposons que des inspections soutenues et financées par l'UE soient mises en place (aux postes-frontières de Karni, entre Israël et Gaza, et Rafah) dans des conditions acceptables par tous, afin de s'assurer que les cargaisons à destination de Gaza ne contiennent pas d'armes ou d'explosifs", ont indiqué les chefs de la diplomatie française, espagnole et italienne, Bernard Kouchner, Miguel Angel Moratinos et Franco Frattini, dans une tribune publiée vendredi par plusieurs journaux européens.
"Il faut trouver une solution acceptable pour Israël"
Un des moyens envisagés est de réactiver la mission de l'UE, forte d'une quinzaine de personnes qui se trouve à Rafah depuis novembre 2005. Cette mission, actuellement en sommeil et dont le nom de code est Eubam, avait été mise en place pour jouer un rôle de "douanier" à ce point de passage. "Il faut trouver une solution acceptable pour Israël, sinon ce ne sera que de l'agitation", a mis en garde un diplomate européen.
En revanche, si un accord peut être trouvé pour alléger le blocus, "ça peut aider à relancer les négociations politiques entre Israéliens et Palestiniens, et aussi à faire ensuite pression pour une réconciliation intra-palestinienne", a confié un autre diplomate.
Le blocus du territoire de Gaza "inacceptable et contreproductif"
L'UE est le premier bailleur mondial de l'aide financière aux Palestiniens. Favorable à la mise en place de deux Etats, dont un Etat palestinien indépendant, démocratique et viable vivant côte-à-côte avec Israël et ses autres voisins, sur la base des frontières existant avant 1967, l'UE juge le blocus du territoire de Gaza "inacceptable et contreproductif". (belga/th)


