La Libye, qui ne reconnaît pas l'existence d'Israël, a protesté en vain mercredi devant le Conseil de sécurité de l'ONU après l'interception par l'Etat hébreu d'un de ses bateaux chargé d'aide humanitaire en route pour Gaza.
Lors d'une réunion d'urgence du Conseil convoquée à sa demande, l'ambassadeur libyen, Giadalla Ettalhi, s'est livré à un réquisitoire contre l'action de la marine israélienne, l'assimilant à "un acte de piraterie en haute mer". Relevant que le Conseil de sécurité a adopté trois résolutions depuis juin sur la lutte contre la piraterie au large de la Somalie, il l'a appelé à "assumer ses responsabilités" dans ce cas. Il lui a demandé de prendre une décision "qui assurera qu'Israël se conforme au droit humanitaire international et au droit de la mer".
Mais il n'a pu convaincre les 14 autres Etats membres d'approuver une déclaration condamnant l'incident, dont l'adoption aurait nécessité un consensus. Invitée à s'exprimer bien que son pays ne siège pas au Conseil, l'ambassadrice d'Israël, Gabriela Shalev, a rejeté en bloc la protestation libyenne, en particulier l'accusation de piraterie, accusant à son tour Tripoli de "provocation". Rappelant que la Libye ne reconnaît pas l'existence de l'Etat d'Israël, elle a justifié l'interception du navire libyen au nom de la sécurité.
"Aucun Etat membre de ce Conseil, ni aucun membre des Nations unies en général, ne permettrait à une cargaison en provenance d'un pays hostile de s'approcher d'un territoire qui sert de zone de lancement pour des attaques terroristes contre ses citoyens", a-t-elle affirmé. Un cargo libyen chargé d'aide humanitaire, en route pour la bande de Gaza bouclée par Israël, a été intercepté lundi par la marine israélienne, qui l'a sommé de regagner le port égyptien d'El-Arich.
Le Al-Marwa était le premier navire d'un pays arabe à se diriger vers Gaza pour tenter de briser le blocus israélien imposé au territoire contrôlé par les islamistes du Hamas. Le blocus de la bande de Gaza, en vigueur depuis la prise de pouvoir par le Hamas en juin 2007, a été renforcé début novembre en raison d'une recrudescence des violences, notamment des tirs de roquettes de la bande de Gaza vers le territoire israélien.
L'ambassadeur américain adjoint, Alejandro Wolff, a lui aussi rejeté les arguments libyens, qualifiant d'"absurde" l'accusation de piraterie, les forces israéliennes n'ayant selon lui "ni tiré un coup de feu, ni abordé le navire" libyen. M. Wolff a qualifié de "dangereuse et irresponsable" la façon dont la Libye a tenté d'acheminer l'aide, directement vers un port qui n'est pas ouvert au trafic maritime, au lieu de passer par les canaux habituels de l'aide internationale, notamment les agences de l'ONU.
Plusieurs autres Etats membres ont cependant saisi l'occasion de ce débat pour souligner leur préoccupation devant la situation humanitaire dans la bande de Gaza et déplorer la poursuite du blocus israélien. Avant le débat, l'ambassadeur de France, Jean-Maurice Ripert, a qualifié de "très inquiétante" la situation humanitaire à Gaza. Il a rappelé l'appel de la présidence française de l'UE à "la réouverture des points de passage et la reprise des livraisons de fuel et de produits humanitaires". (belga/th)
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