Mohamed El Baradei
Les 35 gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) se sont quittés divisés vendredi sur les moyens de résoudre la crise sur le nucléaire iranien, hésitant entre la poursuite du dialogue et les sanctions, à l'issue de leur réunion à Vienne.
"Plusieurs membres se sont réjouis que l'Iran ait fourni des réponses et des clarifications aux questions de l'Agence dans des délais raisonnables", a noté le conseil des gouverneurs dans un communiqué publié à l'issue de sa réunion de deux jours. "Cependant, plusieurs autres membres ont regretté que la coopération de l'Iran ait été réactive", alors qu'ils auraient préféré que Téhéran prenne des initiatives pour répondre aux demandes du directeur général, Mohamed El Baradei, selon le texte. Le responsable de l'agence onusienne a d'entrée de jeu reconnu que ses experts avaient été incapables d'apporter la preuve du caractère "pacifique", comme l'affirme Téhéran, de son programme nucléaire. Malgré des progrès dans la coopération entre l'Iran et l'agence, celle-ci a regretté que Téhéran n'ait toujours pas suivi les injonctions répétées de la communauté internationale à cesser les activités d'enrichissement de l'uranium.
Objectif pacifique
Lors de la réunion, les trois alliés européens de Washington, la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne ont appelé Téhéran à répondre dans les prochaines semaines aux questions en suspens sur son programme nucléaire controversé. L'AIEA souhaite notamment des explications sur les traces d'uranium hautement enrichi trouvées récemment par ses inspecteurs sur des sites nucléaires de recherche en Iran. Téhéran affirme depuis le début de la crise il y a 5 ans, ne poursuivre qu'un objectif purement pacifique, la production d'électricité nucléaire pour répondre aux besoins d'une population croissante.
Méfiance vis-à-vis des Etats-Unis
Washington et plusieurs pays occidentaux soupçonnent, en revanche, les Iraniens de poursuivre des visées militaires en voulant se doter en secret de l'arme atomique. Selon les scientifiques, la production d'une année d'uranium enrichi dans les 3.000 centrifugeuses, dont Téhéran affirme disposer dans son centre de Natanz, suffirait à fabriquer une bombe atomique. L'ambassadeur iranien à l'AIEA, Ali-Ashgar Soltanieh, a rejeté vendredi toutes les accusations. "Il y a un déficit de confiance, nous ne faisons confiance ni aux Américains, ni à ceux qui réclament la suspension" des activités d'enrichissement, a-t-il souligné. "Il n'y a aucune justification, ni politique, ni légale ni technique pour exiger la suspension, " a-t-il ajouté. Et l'ambassadeur d'avertir à nouveau: "tout geste, toute résolution au Conseil de sécurité de l'ONU (sur de nouvelles sanctions) aurait un impact négatif sur notre collaboration avec l'Agence".
Ventes nucléaires prohibés
Parmi les gouverneurs, les avis divergeaient toujours vendredi sur la nécessité, selon Washington, d'une 3e série de sanctions, après celles de décembre 2006 en mars dernier. Sont ainsi interdites les ventes de technologies et de matériaux liés au nucléaire ainsi que les achats d'armes iraniennes. Parallèlement, les avoirs dans les banques étrangères des personnes et sociétés impliquées dans le dossier nucléaire iranien sont gelés jusqu'à nouvel ordre. Si la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne ont à nouveau appelé Téhéran à répondre dans les semaines à venir aux questions toujours en suspens, la Chine, la Russie et les pays non-alignés, Cuba en tête mais également l'Afrique du Sud et l'Inde, ont souligné l'amélioration de la coopération entre Téhéran et l'agence onusienne.
La prochaine étape sera la publication fin novembre du rapport de l'Union européenne sur le dossier. Avant cela le haut représentant pour la diplomatie de l'UE, Javier Solana, doit rencontrer le négociateur iranien en chef Saïd Jalili à Londres, vraisemblablement le 30 novembre.


