Les grandes puissances se concertent sur le nucléaire iranien
Les grandes puissances engagées dans les négociations sur le nucléaire iranien (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne, Allemagne) se retrouvent samedi après-midi à Paris pour examiner de possibles nouvelles sanctions contre Téhéran. Cette réunion survient dans un climat alourdi par la réunion infructueuse vendredi à Londres entre le négociateur iranien Saïd Jalili et le haut représentant diplomatique de l'Union européenne, Javier Solana, qui s'est déclaré "déçu".
La rencontre, au niveau des directeurs politiques des ministères des Affaires étrangères de ces six pays, doit débuter en début d'après-midi au Quai d'Orsay, le siège de la diplomatie française. Les Etats-Unis seront représentés par le sous-secrétaire d'Etat aux Affaires politiques, Nicholas Burns, "numéro trois" du département d'Etat. Un représentant de M. Solana doit rendre compte aux six hauts diplomates des derniers entretiens avec les Iraniens, avant la remise, attendue sous peu, d'un rapport crucial de M. Solana lui-même.
Solana déçuD'ores et déjà la tonalité des travaux du diplomate en chef de l'UE, mandaté par les Six, est pessimiste. "Je dois admettre qu'après cinq heures d'entretiens, je m'attendais à plus et que je suis donc déçu", a déclaré M. Solana à l'issue de sa rencontre avec M. Jalili dans la capitale britannique. M. Jalili de son côté s'est montré inflexible, jugeant "inacceptable" la principale demande de la communauté internationale, à savoir le gel de l'enrichissement de l'uranium par l'Iran. Le négociateur iranien a réaffirmé la position de Téhéran pour qui cette activité n'est pas interdite par le traité de non-prolifération (TNP).
Les Occidentaux en revanche redoutent que cet enrichissement, dont l'Iran assure qu'il n'a qu'une finalité civile, serve à terme à acquérir de l'uranium pouvant servir à fabriquer l'arme atomique. Les Six sont convenus en septembre dernier d'attendre le rapport définitif de M. Solana pour s'engager, en cas de coopération insuffisante de l'Iran, dans une troisième résolution de sanctions au Conseil de sécurité de l'ONU contre Téhéran. Ils disposent déjà d'un rapport du directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Mohamed ElBaradei, remis le 15 novembre.
M. ElBaradei a indiqué jeudi dernier qu'il ne pouvait pas confirmer le caractère "pacifique" du programme nucléaire iranien, malgré des progrès dans la coopération de Téhéran. Washington, Londres et Paris sont d'ores et déjà convaincus de la nécessité de nouvelles sanctions internationales, et prêts à prendre si nécessaire des mesures en dehors du cadre des Nations unies. Washington a déclaré mercredi que la réunion de Paris vise à "discuter du texte d'une résolution contraignante du Conseil de sécurité des Nations unies prévoyant des sanctions".
Faire le pointMoins catégorique, du moins sur la forme, le Quai d'Orsay a indiqué que "cette réunion visera à faire le point sur le dossier nucléaire iranien" et à "définir les suites à donner, au Conseil de sécurité" de l'ONU, aux rapports demandés à MM. Solana et ElBaradei. L'Iran table en revanche sur Moscou et Pékin, beaucoup moins critiques envers ses activités nucléaires et traditionnellement réservés à l'égard de sanctions onusiennes, pour contrer les Occidentaux. M. Jalili a assuré vendredi que de nouvelles sanctions n'empêcheraient pas Téhéran de poursuivre son programme nucléaire. "Ils ont adopté trois résolutions et ils n'ont rien obtenu, et l'Iran a réussi à obtenir pendant ce temps des succès technologiques importants", a-t-il assuré. (afp)