Un rapport des services de renseignements américains sur un gel dès 2003 du programme militaire nucléaire iranien devrait, selon l'AIEA, aider à désamorcer la crise autour du dossier et compliquer sans doute la tâche des partisans des sanctions contre Téhéran.
Mais pour le président américain George W. Bush, la publication de ce rapport ne change rien à l'existence d'un danger nucléaire iranien: "l'Iran était dangereux, l'Iran est dangereux et sera dangereux", a-t-il déclaré mardi en ajoutant qu'il maintenait "toutes les options sur la table", y compris le recours à la force.
En revanche, le directeur général de l'Agence internationale de l'Energie atomique (AIEA), Mohamed ElBaradei, a affirmé que "ce nouveau rapport des Etats-Unis devrait aider à désamorcer la crise actuelle".
"En même temps cela devrait pousser l'Iran à coopérer activement avec l'AIEA afin de clarifier des aspects spécifiques de son programme nucléaire passé et présent", a-t-il ajouté. Le rapport des seize agences de renseignements des Etats-Unis, publié lundi, intervient alors que Washington, Londres, Paris, Berlin, Moscou et Pékin travaillent à une résolution sur une nouvelle série de sanctions contre l'Iran pour obtenir le gel de ses opérations d'enrichissement d'uranium. L'uranium enrichi fournit du combustible pour les centrales nucléaires électriques et éventuellement des matériaux entrant dans la fabrication des bombes atomiques.
Pour M. ElBaradei, le rapport est venu à point nommé. Il "confirme", a-t-il dit dans un communiqué publié à Vienne, "les déclarations de l'AIEA de ces dernières années sur l'absence de preuve du programme nucléaire militaire iranien". Mais il a également appelé toutes les parties, Téhéran compris, à reprendre des discussions "sans délai". "De telles négociations sont nécessaires pour rassurer sur la direction que va prendre le programme nucléaire iranien à l'avenir", a-t-il ajouté. Déjà, dans son dernier rapport en novembre, M. ElBaradei avait noté des progrès de la part de Téhéran dans sa coopération avec la communauté internationale, et souligné que son agence n'avait pas de preuves concrètes sur la poursuite de visées militaires nucléaires de la part du régime islamique.
Avec le nouveau rapport américain allant dans le même sens, "ce sera plus difficile d'obtenir le soutien du Conseil de sécurité pour un renforcement des sanctions", a estimé Daryl Kimball, directeur de l'Association pour le Contrôle des armements à Washington. De plus, selon ce document, les accusations américaines sur les objectifs militaires du programme nucléaire iranien ont été exagérées lors des deux dernières années, même si Téhéran pourrait toujours théoriquement être capable de se doter de la bombe atomique d'ici à 2015. Ce nouveau rapport des services de renseignements soulève des question quant à la crédibilité de la Maison Blanche, déjà écornée par l'invasion de l'Irak en 2003 sur la base de renseignements, qui se sont avérés faux, sur la présence d'armes de destruction massives dans ce pays.
Mais les alliés de Washington sont restés solidaires. Londres a affirmé mardi que le risque que l'Iran se dote de l'arme nucléaire restait un "problème très grave", selon un porte-parole de Downing street. De même, selon Berlin, "la double approche" adoptée par la communauté internationale qui associe encouragement et sanctions du Conseil de sécurité "est la bonne", comme l'a noté le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier. A Paris, le gouvernement a appelé à "maintenir la pression" sur l'Iran".
Enfin, à Téhéran, les responsables se sont réjouis de la "correction" apportée par le rapport des agences de renseignements américaines à la position de Washington sur le programme nucléaire iranien. (belga)


