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Les biocarburants pointés du doigt dans la crise alimentaire

Les biocarburants, encore tout récemment considérés comme la panacée face aux conséquences des transports sur la pollution, sont aujourd'hui soupçonnés d'aggraver la crise alimentaire à l'origine de troubles violents dans une douzaine de pays.

Des milliards de dollars et d'euros ont été consacrés au développement de l'éthanol ou des biodiesels, fabriqués à partir de la canne à sucre ou des céréales, pour réduire la dépendance aux carburants fossiles, gros émetteurs de CO2 responsable du réchauffement de la planète.

Etats-Unis, Europe, Brésil ou Canada en particulier ont déversé du maïs, du blé, du soja et de la canne dans leurs réservoirs. Un geste aujourd'hui perçu comme une grave erreur de calcul qui affame les plus démunis. Aux Etats-Unis en 2007, l'éthanol a ainsi absorbé 20% de la production nationale de grains (81 millions de tonnes), selon le Earth Policy Institute, qui prévoit que cette part sera portée au quart de la production cette année.

"Un vrai problème moral", a affirmé vendredi le patron du Fonds monétaire international (FMI), le Français Dominique Strauss-Kahn, qui a souhaité "mettre en balance le problème de la planète, très important (...) avec le fait que les gens vont mourir de faim".

En début de semaine, le rapporteur spécial de l'ONU pour le droit à l'alimentation, le Suisse Jean Ziegler, qualifiait même la production massive de biocarburants de "crime contre l'Humanité".

Bien qu'encore à ses débuts, la progression des biocarburants est fulgurante. Elle devrait atteindre 20 milliards de litres au Brésil en 2008. Et le président George W. Bush a visé mercredi une production de 36 milliards de gallons (136 milliards de litres) de carburants renouvelables d'ici 2020.

"Nous voulons multiplier leur part par cinq", a confirmé son principal conseiller sur le climat, Jim Connaughton, en marge d'une réunion à Paris des seize principales économies autour du changement climatique. Mais, a-t-il assuré, au moins la moitié serait du carburant de "seconde génération", issu de plantes non alimentaires ou de résidus comme les feuilles, les tiges ou les troncs.

La plupart des délégués au rendez-vous parisien des "MEM" - les Major Economies meeting - ont déroulé le même credo. Mais les procédés de fabrication pour les carburants de seconde génération ne sont "pas complètement au point", rappelait récemment la secrétaire d'Etat française à l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet. "Cela peut prendre encore dix à vingt ans".

A Paris, le commissaire européen à l'Environnement, Stavros Dimas, a reconnu qu'il y avait de nombreuses interrogations sur le "coût social" des agrocarburants, alors que l'UE s'est fixée entre autres objectifs de porter leur part à 10% en 2020. "Mais nous imposons dans notre législation des critères du développement durable à leur production. Un groupe de travail rendra ses conclusions sur le sujet fin mai", a expliqué M. Dimas. "Les biocarburants, selon diverses études, ne sont qu'une des causes de la crise, avec les dérèglements météo, la hausse des prix du pétrole et de la demande mondiale de viande", comme en Inde ou en Chine, a-t-il remarqué.

En moyenne, il faut plus de quatre kilos de grain pour produire un kilo de viande de porc et deux fois plus pour un kilo de boeuf. Et les changements climatiques vont bel et bien aggraver la crise, selon les experts qui prévoient que jusqu'à 3,2 milliards d'humains seront exposés à des pénuries d'eau sévère et 600 millions à la faim, en raison des sécheresses, inondations, dégradation et salinisation des sols dans les prochaines décennies.

L'Australie, un des greniers du monde, fait déjà l'expérience de la pire sécheresse de son histoire récente. (belga)
19/04/08 15h18
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