Le Dr Neil Robinson, scientifique au laboratoire antidopage de Lausanne, responsable de la mise en place du passeport biologique, note que les profils d'athlètes dans certains sports sont comparables à ceux observés dans le cyclisme il y a dix ans.
Un peu plus d'un an après la mise en place du passeport biologique, notez-vous une évolution des comportements ?
"Je dirais que nous avons noté une évolution dans le temps. Avec l'introduction du concept de passeport, nous observons une évolution des paramètres dans le bon sens, et moins de valeurs complètement aberrantes. Ce qui est intéressant est de voir pour certains individus une évolution des paramètres en fonction du calendrier sportif. Nous pouvons ainsi prédire quand ils vont éventuellement se doper, et cela permet de donner des informations à la fédération pour qu'ils puissent orienter mieux leurs tests antidopage. Par exemple, si un coureur se concentre sur les classiques belges, d'autres sur le Tour de France ou la Vuelta, nous pouvons voir pour certains individus des comportements anormaux avant ces compétitions. L'UCI a les outils pour adapter sa stratégie antidopage pour l'année à venir."
L'effet dissuasif du passeport fonctionne donc bien ?
"On le voit clairement. C'est la plus grande réussite de cette année. Mais par le passé, chaque fois qu'un laboratoire antidopage a introduit un nouveau test de type EPO, transfusion sanguine, etc., nous avons vu aussi cet effet dissuasif sur les paramètres. Mais nous observons dans la foulée une adaptation des athlètes et des équipes à ces nouvelles conditions. Le paramètre qu'on mesure retourne presque à des valeurs normales, puis il y a une adaptation et les valeurs remontent. Ce que nous espérons avec le passeport biologique est qu'elles ne remontent plus. La marge de manoeuvre est extrêmement faible parce que l'athlète n'est plus comparé par rapport à une valeur limite fixée, mais par rapport à ses propres paramètres qui servent de référence. Le succès du passeport, nous allons le voir cette année. Y aura-t-il sur le long terme une remontée? Ca voudrait dire qu'ils sont drôlement malins."
Toutes les fédérations se lancent-elles désormais plus ou moins dans le passeport biologique ?
"Il y a des fédérations qui rentrent par la grande porte (cyclisme, ski, biathlon), et d'autres par la petite porte, avec l'objectif peut-être de se servir de ces valeurs sanguines pour faire du ciblage ou comme un élément dans un faisceau de preuves. Beaucoup ont critiqué l'UCI, mais qui cherche trouve. Nous avons des profils dans certains sports qui correspondent à ce que nous observions dans le cyclisme il y a dix ans. Je ne dis pas qu'il n'y a pas de dopage dans le cyclisme, mais l'UCI a mis en place une politique et les résultats sont là."
Actuellement le passeport est un passeport surtout sanguin. L'élargissement au passeport endocrinien pour détecter le dopage aux stéroïdes est-il en bonne voie ?
"Le passeport endocrinien est plus efficace que le passeport sanguin, car les variabilités sont plus importantes entre les individus. Par exemple, la limite (du rapport) testostérone sur épitestostérone (T/E) a été fixée à 4 avant de passer à une analyse poussée de dopage aux stéroïdes. Or des populations, en particulier les populations asiatiques, ont des taux inférieurs à 1, et par conséquent ont des marges de manoeuvre pour se doper, jusqu'à 4, énormes. Pourquoi n'est-il pas encore en cours? Il y a des priorités. Il faut qu'il y ait aussi consensus entre les scientifiques pour pouvoir amener d'autres paramètres que le T/E mais aussi une plus grande harmonisation entre les laboratoires dans la manière de procéder, ce à quoi travaille l'AMA. Mais il est déjà utilisé par certaines fédérations pour faire du ciblage." (afp/chds)


