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Le champ de bataille de Dour entre soleil et pluie, violence et poésie

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Par: Manon Le Boulengé, Sébastien Cools
15/07/12 - 12h05
© photo news.

Samedi 14/07 Petula Clark et Jane Birkin chantaient à l'époque "la gadoue"... Ce morceau a été remis au goût du jour ce samedi, puisqu'il était sur les lèvres de tous les festivaliers, qui tentaient de prendre avec philosophie la couche impressionnante de boue qui avait envahi la plaine de la Machine à Feu et le camping durant la nuit. Si la journée a commencé dans l'humidité et la douleur, il n'aura pas fallu trop longtemps pour que la joie d'être à Dour et de découvrir de nouvelles sensations musicales remplace la mauvaise humeur matinale.

C'était le groupe BRNS que les organisateurs avaient chargé de rallumer les cerveaux, dès 13h20, sous le chapiteau de La petite maison dans la prairie. Les Bruxellois se produisaient le jour-même de la sortie de leur mini-album en vinyle. Ils auront rempli leur mission d'éclaireurs avec brio, leur rock inventif réveillant les neurones et leur "Mexico" ramenant même brièvement le soleil sur la plaine.

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Dans la foulée (si l'on peut parler de "foulées" sur un terrain pareil), la Last Arena accueillait elle aussi des Belges, ceux-ci chantant en français, le groupe BaliMurphy, premier à faire les frais de la pluie intermittente de l'après-midi. Le folk-rock poétique de la bande aura donné l'occasion de sourire et de s'enthousiasmer, mais aussi de réfléchir, avec notamment "Poussière", "La Sourde", "Cent planètes" et "Roxanne".

Les fils de Teuhpu © photo news.

Après un détour par Poliça, il fallait revenir au même endroit pour profiter du groove festif métissé des Fils de Teuhpu, plus fréquentables que leur nom ne le laisse croire. Ingrédients de ce carnaval dansant et glissant: saxophone, trombone, soubassophone, banjo et contrebasse, pour le meilleur, mais rayera-t-on enfin un jour le kazoo de toutes partitions dignes de ce nom?

Juste après, Frànçois & The Atlas Mountains prenaient possession de La petite maison. Le groupe signé chez Domino a fait preuve d'une belle énergie collégiale, même si batterie et percussions ont régulièrement pris le dessus sur guitare et claviers. Le concert s'est ouvert et refermé sur les singles tirés d'"E Volo Love": "Les plus beaux" pour commencer et "Piscine" pour terminer.

Du côté de la scène principale, on retrouvait ensuite Andrew Tosh. L'homme, qui n'est autre que le fils du reggaeman Peter Tosh -dont on commémore les 25 ans du décès cette année-, a tenté d'apporter un peu de soleil aux festivaliers dans cette journée de giboulées dignes du mois de mars. Dans le public, beaucoup de rastamen, et des odeurs de marijuana un peu partout. Entre reggae et soul, Andrew Tosh détend l'ambiance, amène des ondes positives et apaise le temps de son show des festivaliers excédés par les vingt centimètres de boue qui gâchent leur séjour à Dour. L'homme offrira également à l'audience un moment tendresse en faisant monter sur scène sa fille Alexia, haute comme trois pommes.

Ce samedi à Dour, dans la Balzaal, c'est la dubstep qui était à l'honneur. Toute la journée, les festivaliers ont pu danser dans une atmosphère sombre déchirée de lasers, rappelant les grosses soirées electro, au rythme des basses et des séquenceurs. On se déchaîne sur Subscape, on chante sur les mélodies de jeux vidéo retravaillées de Docteur P. La Balzaal, l'endroit parfait pour oublier la pluie et la boue et lâcher un peu la pression!

Nada Surf © photo news.
Nada Surf © photo news.

A 18 heures, un dilemme survient. Stuck in the Sound monte sur scène en même temps que Marcel et son Orchestre. Le rock indé élaboré des premiers vient faire concurrence à l'ambiance ultra-festive que proposent les seconds. Après avoir passé une demi-heure sous la Marquee pour écouter le quatuor, on se rend compte que le show ne décolle pas. Le public, abattu par le temps, semble un peu hagard et peu conscient de ce qui se passe devant lui. Et si la qualité du rock proposé par Stuck in the Sound est indéniable, on fuit finalement malgré tout vers le Dance Hall à la recherche d'un peu de joie.

Et de la joie, dans le public de Marcel et son Orchestre, il y en avait. Il faut dire qu'avec des paroles du genre "meuh meuh font les vaches, les vaches font meuh meuh", on a envie de sourire, et on se laisse rapidement prendre au jeu des musiciens, qui débordent d'énergie. Le groupe, qui a récemment annoncé sa séparation, reste fidèle à sa réputation: les joyeux lurons se fichent de ce qui est à la mode et de ce qui est dans la norme ou non, l'important étant de s'amuser. Un gros moment de fraîcheur pour les festivaliers, qui semblent enfin se réveiller pour de bon.

Sous le soleil de la Last Arena, à 19 heures, les spectateurs devaient retrouver de vieilles connaissances, les Américains de Nada Surf, dont on peut difficilement refuser une tranche de la pop-rock impérissable. Le groupe vient d'entamer sa tournée d'été, en compagnie d'un musicien de Calexico et d'un membre de Guided by Voices. La prestation fut énergique dans le son, mais plutôt statique dans l'attitude. Certains regretteront aussi le fait que les succès attendus ("Popular", "Always Love" et "Blankest Year") ne soient tombés qu'en trio final.

Bon Iver © photo news.
Bon Iver © photo news.
Bon Iver © photo news.

Ca grouille, sur la plaine de la Last Arena, peu avant 21 heures. On se presse prudemment dans la boue pour s'approcher de la scène afin d'applaudir le très attendu Bon Iver. Le groupe, annoncé comme apportant "un peu de douceur dans ce monde de brutes", a envoûté le public dès les premières notes. Les morceaux, joués par des instruments variés dont un superbe violon, sont paisibles et profonds. L'ambiance poétique s'apparente à celle d'un concert de Sigur Ros. On voudrait s'asseoir mais la boue nous en empêche, alors on regarde le ciel, enfin clément, et le soleil qui se couche tranquillement. La musique de Bon Iver incite au rêve autant qu'elle accroche l'oreille. Et dommage pour Birdy, mais la chanson "Skinny Love" semble tellement plus poétique quand elle est chantée par Justin Vernon!

Changement radical de décor à la Cannibal Stage, où Punish Yourself investit la scène. Les musiciens, maquillés sur tout le corps de peinture fluorescente, portent bien leur nom. Le show est impressionnant, et beaucoup le qualifient de malsain. C'est que Punish Yourself joue sur la violence du son et du jeu de scène: l'une des artistes ponce une plaque de métal fixée sur le ventre au rythme des guitares électriques, déversant sur ses collègues des étincelles par milliers. Etonnant et glauque à la fois.

Si on a connu le groupe plus agressif (le chanteur n'a même pas ordonné au public de "bouger son putain de cul"!), le show reste néanmoins tout à fait spectaculaire, laissant bouche bée les non-initiés et excitant les fans du groupe à chaque nouveau morceau.

Finalement, cette journée qui démarrait si mal (se réveiller dans la boue une deuxième nuit n'a vraiment rien de réjouissant) a apporté aux festivaliers son lot de bonnes surprises. Le temps sec de la soirée aura permis de requinquer les plus affaiblis, leur offrant ainsi le courage de braver l'état catastrophique des chemins du festival une journée supplémentaire, la dernière d'ailleurs, qui verra se succéder entre autres Orelsan, The Flaming Lips, les Subways ou encore les Bloody Beetroots.

© photo news.
© photo news.
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© photo news.
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