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Thomas Dutronc fuyait le courant d'air. Nous l'avons rencontré au dernier étage de l'hôtel Radisson, sur la terrasse avec vue imprenable sur la ville de Spa. Ce n'était pas le moment d'attraper une vilaine crève: il était attendu sur la grande scène des Francofolies une poignée d'heures plus tard et ne tenait déjà pas la super forme. En cause: des kilomètres à parcourir pour se produire aux quatre coins de la Francophonie, en France, en Belgique et en Suisse. Mais c'est souriant et disponible que le "fils de" qui a réussi à se faire un prénom a répondu à nos questions.
Sur votre dernier disque, il y a une chanson qui s'intitule "On ne sait plus s'ennuyer", c'est votre cas?
Oui, la vie moderne avec toutes ces connexions, ces mails, ces textos, ces choses à faire, ces Facebook, on communique beaucoup mais on ne se dit plus grand-chose, moi le premier. Je suis complètement victime de tout ça. Là, je suis malade, j'ai coupé mon option Internet parce qu'elle coûtait une blinde. J'ai pris un forfait spécial pour la Belgique. Ca a fonctionné à un moment mais maintenant, plus. Je suis en panique. Ma batterie est aussi à 30%, au secours. On ne prend plus vraiment le temps de vivre, de discuter.
Vous avez récemment dit que vous adorez bosser mais que vous aimez aussi vous la glander grave. A quel moment vous vous dites qu'il faut passer en mode "glande"?
Après une tournée comme ça. Je finis en janvier et après, je me prends au moins six mois. Dans ces six mois justement, je fais ce que je veux et c'est là que peuvent naître de nouveaux délires, de nouvelles passions. Je vais travailler la guitare, composer, rencontrer des gens. On choisit d'être musicien aussi parce qu'on a envie d'être seul avec son instrument, d'être peinard dans la nature à travailler sa guitare le matin et à profiter de sa journée. Il faut savoir prendre du temps pour soi. C'est une discipline. Sinon, on peut s'épuiser assez vite. Et puis, le temps passe, j'ai envie de profiter de mes proches. Je ne vois jamais mes amis, je vois mes parents une fois tous les deux mois. Personne n'est éternel et voir ses parents une fois tous les deux mois, franchement, ce n'est pas beaucoup.
La tournée d'avant faisait 600 dates. Vous avez envie de battre le record?
Non, on va faire moins. En fait, on a eu du succès sur la première tournée pendant qu'on était en train de tourner. On a tourné deux fois, du coup. Même là, ici, on a fait beaucoup de dates. On s'est retrouvé avec six dates par semaine parfois. Ici, on fait Spa, les Vieilles Charrues, le Paléo. Là, j'ai une forme à 70%, demain je serai à 50%, après-demain à 2! (Il rigole)
Il y a quelques jours, votre prestation aux Francofolies de La Rochelle a été annulée à cause du vent. On se sent comment à des moments comme ça?
Triste. Il y a une qualité d'écoute à ce festival qu'on ne retrouve pas forcément ailleurs et il y a aussi une présence des médias parisiens qui auraient dû découvrir ce qu'on faisait sur scène mais on n'a pas pu jouer. On a vraiment un été pourri.
Il se dit que vous avez de mauvais souvenirs de votre dernier passage aux Francos de Spa...
Oui, c'était l'un des concerts de l'été, il y en a eu deux ou trois, où on ne s'est pas senti super heureux. Mais il faut se méfier: parfois on est super content et c'était en fait le bordel ou l'inverse. A l'époque, le spectacle reposait beaucoup sur la guitare, il suffisait que je ne sois pas en forme pour que ça ne soit pas terrible. J'espère prendre ma revanche ce soir.
La chanson Clint (Silence on tourne) fait référence au cinéma. Un job qui pourrait vous intéresser?
On me proposait de faire un mois de lutherie, ça m'intéresserait plus que le cinéma. Mais bon, le cinéma est plus lucratif. Si Jaco Van Dormael, avec qui j'ai déjà tourné une pub, me proposait quelque chose, pourquoi pas? Je ne suis pas quelqu'un de facile, je ne suis pas prêt à accepter n'importe quoi. Je suis fan des Nuls ou des Inconnus, s'ils me proposaient un rôle, je dirais oui. J'adore l'humour décalé. Et puis, ce n'est pas mon métier. Acteur, c'est super dur.
Dans l'un des titres vous dites: "Je suis personne" et dans un autre: "Je m'appelle Machin". Vous êtes en manque d'anonymat?
Ah non, j'aime bien être moi. Je ne me pose pas vraiment la question. J'aime bien être connu, qu'on me reconnaisse, que les gens m'aiment bien, mais j'aime bien aussi être peinard, aller m'acheter un fromage ou une baguette de pain sans qu'on m'emmerde. Je ne suis pas Zidane non plus. Il n'y a pas de souci par rapport à ça.
Thomas Dutronc sera au Cirque Royal de Bruxelles le 22 novembre prochain. Tickets au 02 218 20 15 ou www.botanique.be.
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