Sueur et tremblements des corps sur la plaine de Werchter
Rock Werchter a débuté hier dans la sueur et la poussière. Sur la plaine, l'herbe était sèche et noyée de soleil. Difficile de trouver un coin d'ombre inoccupé sur l'étendue aride. Les températures atteignaient facilement les 37, 38 degrés sous le cagnard et c'est donc dans une lumière éblouissante qu'Eagles of Death Metal a foulé la Main Stage.
A cette heure, le light show était inutile et le leader moustachu ne pouvait que compter que sur sa gratte et sa voix pour convaincre une assistance encore éparse et à moitié nue. Son énergie fut communicative et fit monter la sauce jusqu'à l'arrivée de Lily Allen. Une bonne mise en jambes, donc.
Lily Allen, la coquineLily la coquine, qui aurait mérité de jouer un peu plus tard, a fait transpirer une foule déjà plus compacte. En soutien-gorge léopard, collant trois-quart taille haute noir et Louboutin vernies, Lily a offert un spectacle aussi agréable à regarder qu'à écouter. La chanteuse a fait la part belle à son dernier album, véritable petit bijou pop, et a fait une reprise de Kaiser Chiefs et une autre de Britney Spears. Un choix intelligent puisque tout le monde connaissait les chansons.
La rebelle demoiselle a bien sûr servi un
Fuck you entraîné, face à une marée de majeurs tendus, et a envoyé valsé son pantalon au profit d'une culotte léopard montante et sa perruque de cheveux noirs coupés net pour une touffe mise à mal par la chaleur. "C'est le concert le plus nu que j'ai jamais donné", souriait-elle. Et ce n'était pas pour déplaire aux festivaliers bourrés de testostérone et déjà bien assommés par la température et l'alcool.
Les corps jonchaient le solElle a laissé la place à Dave Matthews et son Band, qui a servi un excellent moment de musique à une foule distraite. C'était déjà l'heure de table et le bonhomme n'a probablement pas encore le succès qu'il mérite chez nous. De l'autre côté, impossible de se faufiler sous la tente, blindée, où se produisait Fleet Foxes. Les corps jonchaient le sol par millier et se laissaient bercer par l'ambiance de cette douce fin de journée et cette folk du meilleur goût.
Hypnotisant PlaceboEnfin fut venu le temps de Placebo, qui a livré un set percutant. Difficile de détourner son regard de l'hypnotisant Brian Molko. Concentré et habité, il a emballé Werchter avec les morceaux de leur nouveau disque. Cette
Battle for the sun restera dans les esprits par sa puissance et son intensité. Le show s'est clôturé par une
Bitter End qui nous en a mis plein la figure. Les mots étaient superflus, tant pour le groupe qui ne s'est quasi jamais adressé au public, que pour la foule, scotchée par tant de professionnalisme. C'est en véritable rock star qu'ils se sont effacés et en véritable rock star également que les frères Gallagher ont été accueillis.
Hautain OasisL'hautain Liam Gallagher, affublé d'une veste de K-Way kaki, n'a jamais souri. Il a enchaîné les morceaux, se préoccupant bien peu de l'hystérie qu'il provoquait à chaque son sorti de sa bouche. Ce je m'en foutisme est un style, qui en excite plus d'une mais qui ne nous a jamais convaincus. On saluera cependant l'impressionnant light show. Les sports clignotants au-dessus des deux écrans géants ont noyé Werchter de lumière, qui a repris en hurlant et sans exception,
Wonderwall. On a compris la frustration d'Oasis, qui n'atteindra peut-être jamais plus le même succès qu'avec ce tube et qui vit, pour le grand public, dans son souvenir.
Bouge ton corps sur Tiga!Tiga a mis le feu sous et en-dehors de la Pyramid Marquee. Un set DJ bienvenu pour se dégourdir les jambes, qui commençaient à peser une tonne. A cette heure, le look et le style ne comptaient plus: il s'agissait de se lâcher et Werchter s'est exécuté dans la liesse. Mais, parce qu'il ne faut pas déconner non plus, à l'heure prévue de l'arrivée sur scène de Prodigy, la foule s'est déplacée comme un seul homme de l'autre côté. Il ne fallait effectivement pas rater ça.
Take me to the hospital
Les effrayants Maxim Reality, maquillé comme un clown cauchemardesque, et Keith Flint, le blond décoloré du groupe, s'en sont donnés à coeur joie, hurlant comme des possédés. C'était vraiment le cas de le dire... Werchter était ensorcelé, les corps bougeaient dans tous les sens, les yeux étaient fermés. Sur scène, un écriteau demandait
Take me to the hospital, on a préféré, après cette journée bien remplie, filer sous la couette.
Déborah Laurent