Mirror Mirror, dis-moi qui sont les plus rock 'n' roll

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Par: rédaction
20/08/09 - 15h15

Parmi les petites perles musicales provenant de notre capitale, le groupe Ghinzu envoie ses rythmes endiablés depuis déjà dix ans. Depuis Blow, leur deuxième album sorti en 2004 et qui les a propulsés sur le devant des scènes européennes, de l'eau a coulé sous les ponts et leur troisième opus, Mirror Mirror, a vu le jour. De quoi confirmer que les francophones eux aussi peuvent balancer.

Aujourd'hui, l'heure est à la conquête du Nord du pays. Après avoir fait danser la plaine de Werchter et avoir arpenté d'autres festivals flamands, c'est au tour du Pukkelpop d'accueillir ces cinq talentueux musiciens, l'occasion pour 7sur7 de poser quelques questions à Mika Nagazaki, bassiste du groupe.

Comment se déroulent les débuts de Mirror Mirror?

Les critiques ont été très bonnes, le public a l'air d'apprécier. 80% de notre ancien public s'y retrouve, même si certains préféraient l'album précédent... Mais bon, on ne peut pas toujours satisfaire tout le monde. Les critiques dans la presse ont vraiment été excellentes, que ce soit en France, en Belgique, en Suisse, et même en Hollande qui n'avait pas tellement accroché à Blow. Mais hélas, c'est toujours le même problème : les gens achètent de moins en moins de disques et, par rapport à l'époque de l'album précédent, les chiffres ont encore baissé, ce n'est pas facile de vendre, même si les critiques sont très bonnes et qu'on fait de bons concerts, etc. A part John (Stargasm, le chanteur), qui tient une boîte de pub, nous ne vivons tous que de la musique.

Pourquoi la sortie de l'album a-t-elle été repoussée à plusieurs reprises?

On a mis plus longtemps à être contents des résultats des enregistrements, on a rejeté pas mal de choses. Ensuite, il faut se mettre d'accord sur le choix final des morceaux, ça prend du temps, certains adorent telle chanson, d'autres une autre. Nous voulons surtout être satisfait et content de nous-mêmes, de ce qu'on fait, avant de pouvoir le présenter au public. Si on se lasse très vite du résultat, ça ne risque pas de rencontrer un énorme succès. Il faut qu'on s'amuse car on sait qu'on va le défendre pendant au moins deux ans sur scène, il ne faut pas qu'on soit lasser au bout de six mois de jouer ces morceaux.

Qu'est-ce qui explique la grande variété des styles de vos chansons?
En général, ça vient comme ça. Mais c'est vrai que quand on a des morceaux qui se ressemblent, on a tendance à en rejeter. Chacun de nous aime des choses différentes, on a des goûts très variés qui ne s'accordent pas du tout dans certains cas, ça donne une multitude de pistes. C'est pour ça aussi que dès qu'on retombe dans un format déjà utilisé, on passe à autre chose.

Comment trouvez-vous un fil conducteur avec autant de disparité?
C'est le plus difficile, c'est la période d'après enregistrement, quand on doit trouver l'ordre des chansons sur l'album, c'est très difficile à faire et ça prend des semaines. On essaye jusqu'à ce qu'on trouve la disposition idéale. Avant la sortie de l'album, on a joué certains morceaux qui finalement n'ont pas été repris, c'est comme ça. De même, depuis la sortie, on en joue aussi de nouveaux, rien n'est figé.
Il y a eu pas mal de changements au sein du groupe, qu'est-ce qui explique ces départs?

On avait le même batteur depuis nos débuts en 1998 et il en avait assez de faire du rock'n'roll donc, à la fin de la tournée précédente, il nous a prévenu qu'il ne voulait plus continuer. On a beaucoup cherché un nouveau batteur, on l'a trouvé et il a bien pris ses marques. Quant à Kris Dane, qui a été remplacé aussi, il était très impliqué dans ses projets solo, donc il avait beaucoup de concerts, peu de temps libre. Quinze jours avant le concert à l'Ancienne Belgique, en novembre dernier, on a opté pour Jean (chanteur du groupe Montevideo) qui a fait un travail fantastique puisqu'il a appris 18 morceaux en quelques jours et les a joués comme s'il les connaissait depuis toujours. Il apporte vraiment quelque chose au groupe, un côté un peu électro, un peu plus exacerbé, c'est sympathique. Ça n'aura pas de réel impact dans le sens où John reste le chanteur-leader, mais Jean participe aux voix, il chante déjà dans quasi tous les morceaux, comme Greg (le guitariste) et moi, mais ce n'est pas notre tasse de thé.

Vous jouez ce jeudi au Pukkelpop. On peut dire que vous êtes moins connus en Flandre, c'est plus difficile de convaincre le public néerlandophone?

On a déjà joué au Pukkelpop mais c'est la première fois que nous jouons sur la grande scène et c'est assez difficile de s'imposer en tant que groupe francophone en effet, ne fut-ce que pour passer sur les radios. On a joué à Werchter et je pense qu'on était quasi le seul groupe francophone après Girls in Hawaii à jouer là. Le Pukkelpop, c'est un peu plus facile parce que c'est un peu plus underground. Ce n'est pas facile mais on ne peut pas se plaindre non plus, il y a quand même pas mal de gens qui commencent à nous aimer en Flandre. La Flandre possède beaucoup de groupes de qualité et ils ont une organisation, un circuit de petites scènes, dans chaque ville, qui fait qu'ils ont de nombreux groupes à disposition à la maison. On jouera sur la grande scène au Pukkelpop, avec 10 ou 20.000 personnes devant nous et les groupes qui suivent sont quand même des grands groupes internationaux, on est pas dEUS, c'est clair, mais ce n'est pas frustrant, on a déjà joué sur des scènes plus petites et puis, ça reste un plaisir.

Vous avez conquis le coeur des Français (notamment via une chanson reprise dans la publicité sncf), mais ceux-ci sont pourtant restés de marbre face à la seule chanson francophone de votre album "Je t'attendrai"...
On pensait que les français aimeraient bien cette chanson et finalement ils ont trouvé ça trop second degré et ça ne leur a pas plu du tout. Donc, on leur a mis la version anglaise, étonnement. Je ne sais pas si c'est un bon calcul de leur part, mais bon, c'est comme ça.

Vos concerts sont souvent déjantés, avec un second degré qui est parfois interprété comme de la frime. Alors Ghinzu: un groupe hautain?
Je peux comprendre que certains puissent nous trouver arrogants, mais dans le privé, je ne crois pas qu'on le soit. Il y a une certaine attitude, il faut aussi se la jouer, certains d'entre nous ont une attitude un peu rock star mais le rock n' roll c'est 50% la musique, 50% l'attitude. C'est sûr que certains d'entre nous sont de vrais showmen, mais c'est un peu le but aussi.

Puis, en festival, c'est toujours un peu plus difficile que devant notre public. Beaucoup de gens ne nous connaissent pas, on doit convaincre. Les conditions sonores sont aussi différentes. Mais ce qui est génial, c'est que c'est une communion de dizaine de milliers de gens et il n'y a que dans ce genre d'événements qu'on peut rencontrer ça.

Vous avez déclaré être de piètres musiciens...
On n'est pas des virtuoses, un seul d'entre nous sait lire les notes, mais sinon on est tous autodidactes. Ce n'est pas inné mais on camoufle bien, c'est une bonne synergie, ce sont des sons qui se mêlent bien. L'harmonie fait que ça donne quelque chose, mais chaque musicien pris séparément, c'est quasi une catastrophe... On ne sait pas faire de solo de guitare, mais de toute façon on déteste ça. Greg, le guitariste, sait toujours se débrouiller avec un instrument dans les mains, il apporte sa touche personnelle même si ça dérape et ça sonne toujours bien, même s'il n'est pas un virtuose.

Déjà dix ans d'existence, comment imaginez-vous les dix prochaines?

On pense rarement plus loin que six mois. Là on prépare la sortie sur d'autres pays, comme l'Angleterre, l'Espagne, en Scandinavie... mais on ne pense pas encore à la suite. Moi j'aimerais continuer l'aventure dix ans, oui, mais comment savoir?

Nous, de notre côté, on veut croire que les Bruxellois continueront encore longtemps le route. Pour ceux et celles qui ne connaissaient pas et pour les inconditionnels, Ghinzu sera en concert ce jeudi au Pukkelpop et ensuite aux fêtes de Wallonie, mais aussi en Flandre et en France.

Caroline Albert

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