L'interdiction par Téhéran du dernier film de l'Iranien Abbas Kiarostami, récemment présenté à Cannes, en raison de "l'habillement" de son actrice Juliette Binoche, sonne comme une action de représailles contre le Festival, qui a défendu le cinéaste Jafar Panahi, figure de l'opposition.
La grande fête mondiale du cinéma, à l'énorme impact économique et médiatique, n'en est pas à son premier rapport de force avec Téhéran. En 2009, le Festival avait récompensé du prix Un certain regard le film du réalisateur kurde Bahman Ghobadi "Les Chats persans", montrant la répression dont sont victimes les jeunes musiciens de la scène underground téhéranaise. En 2007, il avait attribué le Prix du jury à "Persepolis" de Marjane Satrapi, accusée d'"islamophobie" par Téhéran.
Tout en estimant que "Copie conforme" n'était "pas mauvais", le vice-ministre iranien de la Culture Javad Shamaqdari a annoncé qu'il ne serait pas diffusé dans les salles de cinéma en Iran "en raison de l'habillement de Juliette Binoche", récompensée à Cannes par le Prix d'interprétation féminine. Dans le film d'Abbas Kiarostami, un huis clos sur la difficulté d'aimer entre une homme et une femme qui se déroule en Toscane (Italie), l'actrice française est toujours vêtue, la plupart du temps d'une robe assez longue.
Le responsable iranien n'a pas précisé ce qui posait problème dans cette tenue. Juliette Binoche et Abbas Kiarostami ont multiplié les prises de position en faveur de Jafar Panahi, invité à rejoindre le jury du 63ème Festival, présidé par Tim Burton, mais qui est resté emprisonné à Téhéran pendant toute sa durée. "Lorsqu'un réalisateur, un artiste est emprisonné, c'est l'art dans son ensemble qui est attaqué", a notamment déclaré M. Kiarostami, récompensé par la la Palme d'Or en 1997 avec "Le goût de la cerise" et qui a vu nombre de ses films interdits de diffusion en Iran dont "Shirin" (2009), également avec Juliette Binoche.
Recevant sa récompense dimanche soir, l'actrice française, oscarisée en 1997 pour son rôle dans "Le patient anglais", a de nouveau saisi l'occasion de parler de lui en brandissant une affichette avec son nom. Jafar Panahi, primé deux fois à Cannes ("Le ballon blanc", Prix de la Caméra d'or 1995 et l'"Or pourpre", Prix du Jury-Un Certain Regard en 2000), a finalement été libéré mardi, deux jours après la fin du festival.
Dès la cérémonie d'ouverture, le 13 mai, l'actrice britannique Kristin Scott Thomas avait désigné devant toutes les caméras du monde un fauteuil vide lui étant réservé, braquant à nouveau les projecteurs sur la République islamiste. Amnesty International, de grands noms d'Hollywood - Steven Spielberg, Martin Scorsese - les ministres Bernard Kouchner (Affaires étrangères) et Frédéric Mitterrand (Culture) et les responsables du Festival ont pris le relais.
Moment fort de la célèbre montée des marches : une lettre de remerciement à la France et au Festival, écrite par le cinéaste depuis sa prison et lue par Frédéric Mitterrand. "N'oublions pas qu'ici des milliers de prisonniers sans défense n'ont pas même une seule personne pour relayer leur détresse. Ils n'ont, tout comme moi, commis le moindre crime", disait-il. (afp)


