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C'est le film qui va faire du bruit dans les jours à venir. A perdre la raison sort aujourd'hui en salles. Si le film a reçu un très bon accueil à Cannes la semaine passée (Emilie Dequenne a reçu le prix de la meilleure actrice), on ne sait pas ce qu'il en sera des spectateurs traditionnels. L'histoire s'inspire librement de l'affaire Geneviève Lhermitte, cette mère de famille qui avait tué ses cinq enfants. Joachim Lafosse, le réalisateur de ce long-métrage au sujet sensible, nous avait déjà expliqué ce qu'il lui avait donné envie de le faire. Place aujourd'hui à Tahar Rahim, excellent Prophère chez Jacques Audiard et prochainement à l'affiche d'un film avec Marion Cotillard, qui joue le papa des enfants.
Quand vous avez reçu le scénario d'A perdre la raison, vous avez dit oui tout de suite?
Pas tout de suite parce que je trouvais que le personnage n'était pas encore abouti. Mais j'ai trouvé cela très fort. Je savais qu'on allait en faire. Quelqu'un qui subit tout le temps, à un moment, on s'en fout un peu. Je voulais donc savoir ce qu'il faisait quand il ne subissait pas. On a travaillé là-dessus. Ce qui a fait de ce personnage ce qu'il est aujourd'hui: quelqu'un de vraiment tiraillé, qui essaie de sortir la tête hors de l'eau mais qui n'y arrive jamais. Je le définis comme un faible qui joue les forts pour garder la face.
Vous aviez entendu parler du fait-divers?
Je connaissais le fait-divers de loin. On a tous voulu s'éloigner des personnages réels. C'est une fiction. Pour cette histoire-là, ça n'a pas d'intérêt de coller à la réalité.
Les gens dont vos personnages sont inspirés sont susceptible de voir le film cette semaine. Vous avez peur de leurs réactions?
Un peu. Je comprends votre question parce que vous l'avez vécu de l'intérieur mais pour moi, ça n'a pas été pareil. Pour vous, c'était il y a 5 ans, pour moi, ça aurait pu être il y a 50 ans. Je ne me suis pas posé les mêmes questions. Mais bien entendu, je me suis demandé ce qu'il ressentait. Je me suis dit qu'il allait voir le film, que ça allait lui faire de l'effet mais c'est justement pour cela qu'on a voulu en faire une fiction. Ce ne sont pas les mêmes noms, ce n'est pas leur histoire. Si le fait-divers n'avait pas existé, le film aurait pu exister quand même.
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Vous avez l'impression d'avoir mieux compris le terrible geste de cette maman?
Non, mais je comprends la folie. Quand on n'a plus d'issue, quand on est enfermé, que personne ne nous comprend, qu'il n'y a plus de mari, que la personne qui devrait nous soutenir fuit et vous écrase, on peut rapidement passer dans d'autres sphères. Ce qui est dingue, c'est que ce film, c'est du quotidien. On peut vivre les mêmes choses et arriver à ça. La folie est humaine, c'est cela qu'on raconte.
Comment terminiez-vous les journées de tournage? Eprouvé?
Dans mes premiers films, j'avais du mal à me détacher mais là, ça va, j'ai grandi par rapport à ça. Un tournage, ce n'est pas seulement ce qu'on voit à l'écran. On rigole avec l'équipe.
Que pensez-vous de la relation que votre personnage entretient avec celui qui est à la fois son médecin et son père adoptif?
C'est malsain. Il n'y a pas un seul enfant qui doit être empêché de grandir. Il aurait dû le laisser voler de ses propres ailes à un moment. Mais ce personnage est rempli de frustrations et il a aussi des problèmes psychologiques: il s'est acheté une famille. Il y a aussi une allégorie de la colonisation que Joachim a abordé dans ce film.
Vous avez retrouvé Niels Arestrup, avec lequel vous jouiez dans Le Prophère de Jacques Audiard...
Oui, c'était agréable. Au-delà du fait que c'est un acteur formidable, c'est quelqu'un que j'affectionne tout particulièrement. Sans lui, sans Emilie, il n'y a pas de film.
Le tournage s'est déroulé en partie en Belgique. Vous y avez été bien accueilli?
Bien sûr. C'est tout le temps le cas en Belgique. Mais comme c'était un sujet sensible, on a évité d'en parler.



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