"Nous ferons ce que nous pourrons"
C'est un jury au visage fermé et impassible qui a fait apparition pour la première fois devant les objectifs des centaines de photographes du Festival de Cannes. En tête de marche, Isabelle Huppert, qui refuse qu'on l'appelle "madame la présidente". Si tous se sont prêtés de bonne grâce à la pause photo obligatoire, ils semblaient plutôt stressés lorsqu'est venu le temps de s'adresser aux journalistes.
C'est que pour eux, le vrai travail commence ce soir, sur le coup de 19h, avec la projection de
Chun Feng Chen Zui De Ye Wan, soit, en français et en plus compréhensible,
Nuit d'ivresse printanière de Lou Ye. Difficile de répondre, alors qu'ils n'ont vu aucun film, à des questions concernant leur façon de juger et de parler de leur entente alors qu'ils ne se sont retrouvés tous ensemble qu'hier soir pour la première fois.
"Il ne s'agit pas de juger"Isabelle Huppert rappelait qu'elle et ses camarades ne sont pas là pour "juger les films, mais pour les aimer." "Il s'agit de savoir à terme lequel on a le plus aimé. C'est toujours difficile d'exprimer pourquoi on est touché par une oeuvre d'art, que ça soit un film ou une oeuvre musicale. C'est un vieux débat et une question profonde. On va y mettre un peu de notre âme, comme les réalisateurs et les acteurs des films ont mis un peu de la leur."
Robin Wright Penn, ravissante dans un tailleur blanc, membre du jury un an après que Sean, son ex, en ait été le président, abondait dans le même sens. "Le mot jugement a une connotation négative. On est tous des artistes, on ressent tous les choses avec notre coeur. Bien sûr, il arrivera sûrement qu'on soit en désaccord, mais ce qu'il y a de bien, c'est que nous ressentirons au plus profond de nous."
"Un travail de qualité"Tandis que la comédienne indienne Sharmila Tagore promettait qu'elle et les autres membres allaient faire "un travail de qualité. Quelque chose de merveilleux va se produire, on va travailler avec dévouement et honnêteté", James Gray se souvenait que lorsqu'on
lui a proposé de rejoindre le jury cannois cette année, il a d'abord été "terrifié. Je déteste juger le travail de quelqu'un. J'ai accepté pour des raisons égoïstes: à cause de mes enfants, je n'ai plus l'occasion de voir autant de films en aussi peu de temps."
"Ma nationalité sera celle du cinéma"
Le réalisateur coréen Lee Chang-dong, interrogé sur la présence des films asiatiques, a résumé son idée en une phrase, pensée
également par les autres membres du jury, qui acquiesaient: "A Cannes, ma nationalité sera celle du cinéma."
"Ce que nous pourrons"Pour clôturer, Isabelle Huppert a confié qu'elle veillera à être au plus proche "de l'émotion et de la réfléxion. Nous tenterons de rester entre les deux. Il faut rester humble face un palmarès et aux oeuvres en général, parce que nous n'avons pas toujours su apprécier un film comme il le fallait lors de sa première vision. Nous sommes ce que nous sommes et nous ferons ce que nous pourrons."
Le jury se consacrera à sa tâche avec toute la concentration, et probablement également la discrétion, requises. Verdict dimanche
24.
Déborah Laurent