Dire que Inglourious Basterds était attendu sur la Croisette est un bien faible mot. Quentin Tarantino à lui seul provoque l'hystérie, alors quand en plus, il s'entoure d'une brochette d'acteurs portant les noms de Brad Pitt, Mélanie Laurent, Diane Kruger, Eli Roth, vous imaginez bien que la température devient tout à coup tropicale, voir proche de la lave d'un volcan.
Excitation matinale
Tout Cannes était en ébullition pour accueillir l'équipe du film ce matin, tant les fans que les journalistes. A 8 h 30, lors de la première projection presse de la journée, il y avait une excitation particulière dans les couloirs du Palais des Festivals. On sentait l'urgence de découvrir ce nouveau Tarantino, la peur de ne pas avoir de place dans la salle, l'ambiance était fébrile et les spectateurs ont relâché la pression lorsque le nom du réalisateur est apparu à l'écran en manifestant leur joie avec quelques applaudissements.
Alors, réponse à la question que tout le monde se pose: est-ce que Inglourious Basterds est à la hauteur des attentes? Oui, oui, oui! Les 2 h 20 de film, qui pourraient rebuter tout journaliste à 8 h 30 du matin après une toute petite poignée d'heures de sommeil, sont passées en clin d'oeil. Stylistiquement, Tarantino ne se refuse rien. Les premières minutes d'introduction ont laissé bouche bée la salle entière. Quel sens de la narration et de suspens!
Quel talent!
Il sépare son histoire en plusieurs "chapitres", se permet des digressions en voix off à la manière de La cité de la peur (le fameux "pendant ce temps-là, à Vera Cruz..."), histoire de donner des détails sur une action, et d'éclairer et amuser son spectateur. Les acteurs, qui ont tous prouvé par le passé leur incroyable talent sont évidemment parfaits.
"Pas ici pour donner des leçons d'humanité aux Nazis"
Brad Pitt, dans le rôle d'Aldo l'Apache, qui n'est "pas ici pour donner une leçon d'humanité aux Nazis", est à la tête des Basterds (comprenez, les Bâtards), un groupe de soldats juifs américains créé pour dégommer les Boshs, est à mourir de rire. Son petit plaisir: collectionner leurs sclaps. Lui et ses petits camarades rejoignent l'actrice allemande et agent secret Bridget von Hammersmark (impériale Diane Kruger) pour tenter d'éliminer les hauts dignitaires du Troisième Reich.
Le rendez-vous est fixé au cinéma d'Emmanuelle, anciennement appelée Shosanna Dreyfus (Mélanie Laurent), qui organise une soirée allemande. La jeune femme a vu sa famille se faire assassiner sous ses yeux par le colonel Hans Landa. Elle s'est reconstruite sous
une autre identité, en devenant exploitante d'une salle de ciné. Le passé va la rattraper: Hans Landa est de la soirée allemande organisée dans ses murs. La vengeance est proche.
Pas le meilleur Tarantino mais un bon moment de ciné
Inglourious Basterds, sans être le meilleur film du réalisateur et sans se lancer dans des comparaisons inutiles de ces précédentes oeuvres, est un vrai bon moment de cinéma. Tarantino est toujours aussi dingue, les répliques qu'il met dans les bouches de ses personnages touchent au but à chaque fois, qu'elles soient drôles ou virulentes, les situations surréalistes pullulent. Reste à voir si la grande attente qui a précédé son film ne lui desservira pas dans sa course à la Palme d'Or.
Déborah Laurent


