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La montée des marches ou comment se la péter sur un tapis rouge

Vue impressionnante du haut des marches.
Hier soir, j'ai monté les marches. Les 24 marches qui séparent le commun des mortels des dieux du cinéma. Eh oui, il n'y a pas que les stars qui peuvent franchir ce fameux tapis rouge. Une poignée de Cannois décroche chaque soir le précieux sésame, tout comme quelques fanatiques qui quémandent, dès 8 h du matin, à la sortie du Palais, une place pour la projection officielle du soir.

Quelques journalistes ont également la possibilité de fouler la red carpet, seulement en fait ceux qui portent un badge blanc ou un rose avec une pastille collée dessus. J'ai un pass bleu mais beaucoup de volonté. Donc hier, j'ai pu gravir les célèbres escaliers, empruntés quelques minutes plus tard par Pedro Almodovar et Penelope Cruz, et assister à la vision de Los Abratos Rotos, soit, en français, Les étreintes brisées.

Pas le même effet en short qu'en robe
Bon déjà, soyons honnête, ces fameuses marches, je les emprunte tous les matins depuis le début du festival. Les visions des films réservées à la presse se passent dans la même salle de ciné que celles du soir. Mais ça ne fait pas du tout le même effet que de les gravir, quasi à l'aube, dans un short en jeans et en tong, que de le faire en robe de soirée, les cheveux coiffés et des nouvelles chaussures fabuleuses aux pieds.

J'ai décroché mon ticket, hier soir, à peine une heure avant la montée des marches. Après une journée bien remplie, il a donc fallu qu'on m'expédie (j'en profite pour remercier grandement ce fameux "on")ma tenue et que je tente de me faire aussi belle que Penelope Cruz dans les toilettes du Palais des Festivals.

Pas besoin de grandes marques
Après maintes contorsions et quelques sueurs, j'étais enfin glissée dans ma robe de princesse, achetée exprès pour l'occasion, noire, longue, qui moule ma poitrine tout en étant ample à partir des hanches. Bref, la robe parfaite. Pas besoin forcément de porter la création d'un couturier. Tandis que les garçons sont obligés d'enfiler un smoking avec noeud pap', une jolie robe habillée estampillée Zara fait parfaitement l'affaire pour les filles.

Devant les marches, la cohue. Mais ce n'est rien comparé au petit couloir formé par une horde de gardes de sécurité et de policiers qu'il me faut emprunter pour rejoindre celui formé par des barrières nadar et qui mène directement au tapis. Petite précision utile: les invités anonymes ne sont évidemment pas déposés devant les marches par une limousine aux vitres teintées. C'est donc à pied que je débarque et sur les côtés que j'attends.

Pourvu que je ne tombe pas
Pour en revenir à ce petit couloir, une bonne dizaine de personnes, dans leur tenue des grands soirs, "au cas où", tente une dernière fois leur chance pour avoir un ticket d'entrée. "Vous avez une place?" Oui, mais je la garde pour moi. A la guerre comme à la guerre.

Dans la file qui me sépare pendant quelques minutes encore du tapis rouge, je commence à flipper. Pourvu que je ne trébuche pas devant la centaine de photographes aux aguets. C'est évident qu'ils ne me mitrailleront pas mais si je m'étale de tout mon long, je doute qu'il fasse comme s'ils n'avaient rien remarqué.

Mon pied sur le tapis
Enfin, c'est à moi. Je pose la pointe de ma chaussure bien trop haute pour mes chevilles sur le tapis. J'ai le coeur qui bat un plus fort et les oreilles qui bourdonnent. Je suis seule, aucun bras auquel me raccrocher. On est une grosse masse de gens à s'avancer vers les hauteurs. Si le tapis est vidé à chaque arrivée de vraie star, histoire qu'elle puisse parader à l'aise et être le centre de l'attention, ce n'est pas le cas pour moi et mes petits camarades.

On avance en troupeau et les curieux agglutinés aux barrières nous scrutent, probablement en se demandant qui on est et pourquoi pas eux? Je passe devant les photographes. J'aimerais trouver le courage de faire une blague et de me mettre à poser pour rire mais j'ai peur de la moquerie, voire de me faire virer.

Plein les yeux
L'instant est bref. 24 marches, ça se monte vite, même si on ne se les avale pas au pas de course. Arrivée en haut, je me retourne pour admirer la vue. Les rayons du soleil qui commencent doucement à descendre vers l'horizon font scintiller de mille feux les robes de dames et les objectifs des appareils photos.

Eblouie par les flashs, étourdie par les cris, je souris toute seule en me disant que quand même, la vie de star, ça doit être plutôt sympa. J'ai à peine le temps de profiter de la beauté de toute cette foule réunie sous mes yeux qu'un garde de la sécurité me force à rentrer. Je m'exécute.

Penelope Cruz respire le même air que moi
Dans la salle, sur deux étages, le grand écran diffuse l'arrivée de Penelope, Almodovar et le reste de la troupe du film. Après les traditionnelles pauses devant les photographes, ils nous rejoignent dans la salle et s'installent sous les applaudissements. Nous voilà tous plongés dans le noir. Une dernière pensée du style: Penelope
Cruz respire actuellement le même air que moi et je me concentre sur le film.

Deux heures plus tard, c'est sous les vivas des spectateurs encore que le générique de fin défila. Les étreintes brisées a ravi le public qui s'est bruyamment manifesté.

Un joli souvenir
Penelope Cruz, les larmes aux yeux, semblait ne pas en revenir. Elle étreignit Almodovar, ravi. Les spectateurs ont ensuite été priés de quitter la salle. Retour à l'air libre. Je n'en reviens pas encore d'avoir monté ces si célèbres marches. Même si la chose est futile, c'est incroyablement gai de se prendre, pendant quelques secondes,
pour une star à son petit niveau.

Déborah Laurent
21/05/09 10h14
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