Sexe, drogue et longueur: mauvais trip pour Gaspar Noé qui déçoit
Gaspar Noé avait déclenché une polémique incroyable en 2002 en présentant lors du festival de Cannes d'
Irréversible. Monica Bellucci s'en rappelait un peu plus tôt cette semaine. Les gens étaient nombreux à avoir quitté la salle pendant l'interminable scène de viol du film et le générique avait défilé sous les huées et insultes.
Son retour sur la Croisette était donc attendu. Allait-il susciter encore la controverse avec
Enter the void (
Soudain le vide, en français) et faire mieux que Lars von Trier, son fameux
Antichrist et ses horribles passages de mutilation? La réponse est non, même si ce nouveau film comporte quelques scènes difficiles.
Vide intersidéralSi on sait d'avance que certains crieront au génie en voyant
Enter the void, on aurait tendance à mettre le doigt sur le vide intersidéral de l'histoire. Oscar et Linda sont frère et soeur. Ils ont fait un pacte, gamins: ne jamais se quitter. Coup de canif dans le contrat à la mort de leurs parents dans un violent accident de voiture: ils sont envoyés tous les deux dans un orphelinat différent. Jeunes adultes, ils se retrouvent à Tokyo, où vit Oscar. Il vit de deal et plane à dix milles la plupart du temps, elle est gogo-danseuse dans un club. Un soir, Oscar se fait descendre par la police.
Ne vous attendez pas à une suite à l'histoire: il n'y en a pas. Une fois Oscar vidé de son sang, le film n'est fait que de flash back redondant et d'images psychédéliques. Le tout filmé n'importe comment: l'esprit d'Oscar qui plane au-dessus de tout est la caméra. Quand il est vivant, elle se place quasi en permanence dans son dos: on admire
son crâne et l'arrière de ses oreilles ou alors elle se met à la place de son regard; quand il mort, on voit les choses par dessus, par dessous, on traverse des murs épais pour atterrir dans des caves sombres aux néons fluos, ça tremblotte, ca tournoie. Physiquement, c'est franchement dur à supporter.
C'est blanc, ça clignoteAutre moment assez abominable? Ces moments de blanc, littéralement, à l'écran. Quand Oscar se défonce, on a d'abord droit à ses délires psychédéliques et colorés sans fin, ou alors à une image blanche, qui clignote. Une demi-heure après le début du film, mon voisin de droite ronflait, ceux de gauche se lançaient des regards désespérés où se mêlaient incompréhension et ras-le-bol, tandis qu'une poignée désertait déjà la salle.
Un accident de voiture violentDes moments difficiles, on vous le disait, il y en a eu. La scène de l'accident des parents en est un. La voiture arrive face caméra, le bruit du choc est assourdissant, les parents tués sur le coup. Ca saigne, ça hurle et ça revient tout au long du film. Peut-être pour ceux qui auraient raté le début. Pour les autres, une fois aurait suffi.
Les scènes de sexe qui auraient pu être choquantes tombent à plat: elles durent des heures et sont tout simplement trop étrange ou dégoûtantes.
Ajoutez à ça une sorte de légère apologie de la drogue ("prends de l'ecstasy, non ce n'est pas dangereux, c'est comme des vitamines"), un garçon qui renifle les strings de sa soeur ou qui voit sa mère lorsqu'il lèche les seins de son amante beaucoup plus âgée que lui, et vous pouvez vaguement imaginer ce qu'on a enduré. Soudain le vide n'a jamais porté aussi bien son nom.
Un film "hallucinatoire"Gaspar Noé expliquait dans l'après-midi qu'il avait fait un film "hallucinatoire." "L'idée c'était de suivre le point de vue de quelqu'un qui tombe dans la drogue et qui tourne mal." Le réalisateur a avoué: "créer des réactions me plaît, mais cette fois-ci, ça n'a pas été le cas, peut-être y-a-t-il quelque chose qui ne va pas". Doit-on lui rappeler
qu'il y a eu quand même quelques sifflets dans salle à la fin de la projection?
Sachez enfin qu'
Enter the void dure plus de 2h30. C'est long. Très long. On ne comprend pas ce que ce film fait en compétition.
Déborah Laurent