Malgré les soupçons de favoritisme, la Palme d'Or pour Haneke
Après douze jours aussi intenses qu'intéressants est enfin venu le temps des récompenses au Festival de Cannes. La cérémonie s'est ouverte par un discours d'Edouard Baer, excellent maître de cérémonie, qui s'est trompé dès le premier prix.
Il a annoncé Isabelle Adjani et le prix de la Caméra d'or alors qu'il s'agissait pour commencer de remettre celui des courts métrages. "De toute façon, on ne peut pas faire ça trois années de suite, donc je suis viré." Joao Salaviza a été récompensé dans cette catégorie avec Arena.
Isabelle Adjani a enfin fait son entrée pour la Caméra d'Or. "Ce qui est formidable avec un premier film, c'est que nous n'avons aucun a-priori et on se laisse emporter par beaucoup de talent. Il en faut du courage pour faire un premier film. Il faut tout donner comme si c'était le dernier, et tout donner pour que ça ne soit pas le dernier." L'actrice a été rejointe par Roschdy Zem, président du jury de la Caméra d'Or, qui a admis que la décision avait été très difficile à prendre. "Le cinéma de demain a de beaux jours devant lui."
Une mention spéciale a été accordée, tant pour la prestation des acteurs que pour la mise en scène, à Ajami de Scandar Copti et Yaron Shani. La Caméra d'Or a, elle, été attribuée "au plus grand film d'amour qui nous a été donné de voir depuis des années": Samson and Delilah de Warwich Thornton.
"La fête est finie"Place ensuite aux choses sérieuses avec l'arrivée d'Isabelle Huppert, ravissante dans une longue robe blanche. Ses premiers mots furent: "Voilà la fête est finie". Elle a déclaré que ces deux semaines avaient été pour elle "inoubliables". "En me préparant, je me suis dit deux choses: vivement que ça s'arrête et pourvu que ça continue." Les membres de son jury ont ensuite débarqué dans la liesse. Très émue, elle s'est dit "triste que ça se termine".
Prix du jury à Fish Tank et ThirstLe prix du jury, "l'un des plus joyeux de la soirée", a été attribué ex-aequo à Fish Tank, d'Andrea Arnold et Thirst, ceci est mon sang, réalisé par Park Chan-Wook.
Prix du scénario à Nuits d'ivresse printanièreAnna Mouglalis a été chargée de remettre le prix du scénario. C'est Nuits d'ivresse printanière de Lou Ye qui l'a remporté. Une première remise de prix à nos yeux particulièrement incompréhensible. Ce film, qui suit les tribulations d'un couple homosexuel, a justement un scénario aussi pauvre que linéaire.
Kinatay, prix de la mise en scèneLe trophée consacrant la mise en scène et remis par le sympathique Terry Gilliam, qui proposait il y a deux jours L'imaginarium du Docteur Parnassus, le dernier film d'Heath Legder hors compétition. Petit moment d'humour entre Terry et Edouard Baer, le maître de cérémonie lui expliquant en se marrant qu'il n'était pas là pour recevoir le prix mais pour le donner. "Si vous ne faites pas de scandale, vous aurez peut-être un prix l'année prochaine." Kinatay de Brillante Mendonza a reçu les honneurs.
Charlotte Gainsbourg, interprète féminineSi on espérait que la jeune actrice de Fish Tank soit récompensée, c'est Charlotte Gainsbourg qui a été saluée pour son rôle dans Antichrist. Comme quoi, se mutiler le sexe face caméra, ça paie. Très émue, Charlotte a remercié "les organisateurs d'avoir l'audace de sélectionner des films comme Antichrist."
"Je veux partager ce prix avec mon metteur en scène, Lars von Trier, qui n'est pas là ce soir et qui m a permis de vivre l'expérience la plus intense, la plus douloureuse et la plus excitante jusqu'à maintenant." Elle a également eu un mot pour son mari et ses deux enfants, "ma respiration." "Je veux remercier ma mère, qui a été ma confidente pendant ce tournage. Je pense aussi à mon père, qui j'espère aurait été fier de moi, fier et choqué, j'espère."
Christophe Waltz, interprète masculinSans grande surprise, Christophe Waltz, pour son incroyable prestation de Nazi diabolique chasseur de juifs dans Inglourious Basterds, a été couronné. L'acteur a réussi à éclipser Brad Pitt
et tout le reste du célèbre casting. "Merci pour ce moment unique dans la vie d'un comédien."
Très touché, l'acteur autrichien a remercié "Brad, de m'avoir
rencontré sur un pied d'égalité. Je dois ce prix à cet unique et inimitable créateur Quentin Tarantino." En s'adressant directement au réalisateur, malheureusement "Il faut que je réponde à une chose que tu as dite à mon sujet avant le tournage: avec la passion, la compassion que j'ai pu tirer de ton exemple, c'est toi qui m'as rendu ma vocation."
Alain Resnais, prix exceptionnelUn prix exceptionnel a été remis à Alain Resnais, pour sa formidable carrière. Bien à l'abri derrière ses lunettes noires, il a déclaré sa surprise et son émotion avant d'être rejoint sur scène par sa compagne, Sabine Azéma.
Le Grand Prix à Un prophète d'AudiardLe Grand Prix a été attribué à Un prophète, de Jacques Audiard, qui avait emballé toutes les critiques durant ce Festival. "Je suis saisi d'un syndrome d'imposture tout à coup", a déclaré le réalisateur. Il s'est lancé dans une longue série de remerciements, parmi lequel se trouvait l'excellent Tahar Rahim. Il est sorti de scène sous les applaudissements juste après avoir cité une phrase de film Out of Africa: "Faites attention, à partir de maintenant, je vais croire tout ce que vous allez dire."
La Palme à HanekeEt comme on commençait à s'en douter fortement, Isabelle Huppert a attribué la Palme d'Or à Michael Haneke pour son film
Le ruban blanc. Un prix qui pourrait être considéré comme du favoritisme: Isabelle ayant été récompensée précédemment à Cannes pour
La pianiste, du même Haneke. Chacun jugera...
Déborah Laurent