Que la Belgique crève?
Pour le président de la Chambre, Herman Van Rompuy, si on décide de ne pas toucher directement ou indirectement aux compétences en matière de sécurité sociale, les possibilités d'une réforme de l'Etat sont très limitées. De plus, selon lui, une grande réforme comme on l'a connue en 80, 88 et 92, n'est plus possible. Il faudra travailler en phases successives. "Le temps des grandes réformes est révolu", dit-il.
M. Van Rompuy a esquissé son avis sur les discussions institutionnelles en présentant lundi le livre publié par son prédécesseur à la tête de l'assemblée parlementaire, Herman De Croo (Open Vld). "Que la Belgique crève? Questions aux séparatistes", est publié sous la forme "tête-bêche" par les éditions Racine pour la version francophone et Lannoo pour la version flamande.
"J'ai été choqué cet été par la légèreté avec laquelle certains parlaient de la séparation", a expliqué M. De Croo. Pour lui, avant de s'engager dans une discussion sur la séparation du pays, il faut se poser une série de questions, ce qu'il fait dans ce livre. En conclusion, il note que "les amis francophones doivent comprendre que le statu quo institutionnel est néfaste mais il faut aussi dire aux Flamands qu'exagérer dans les réformes sera mauvais pour les Flamands eux-mêmes, sans parler de Bruxelles".
M. De Croo a notamment mis en évidence le fait que les lois de 88 entraînent une hémorragie des moyens de l'Etat fédéral qui risque dès lors de mourir de sa belle mort. Il souligne aussi qu'une séparation comme celle de la Tchécoslovaquie n'est pas possible à cause de la complexité de notre Etat et en raison de la position de Bruxelles.
Abondant dans le même sens, Herman Van Rompuy remarque que ce qu'on néglige trop souvent dans le débat institutionnel et qui est pourtant au coeur du problème est la question du coût de la transition. "Vu la complexité du pays sur le plan administratif, institutionnel et géographique avec Bruxelles, une séparation du pays entraînera le chaos pour des années. Même si on se dit que cela en vaut la peine puisqu'au bout du chemin on aura ce qu'on voulait, il y a beaucoup de chance que l'enthousiasme retombe très rapidement", a-t-il noté.
L'erreur de beaucoup est de faire des considérations sur un possible séparatisme sur la base d'une politique inchangée. "Mais qui, par exemple, peut croire que Bruxelles restera la capitale de l'Europe alors qu'elle ne sera même plus la capitale d'un pays membre de l'Union européenne? ", s'est-il interrogé, reprenant une des idées développées également par Herman De Croo.
Quant à la grande réforme attendue par certains, Herman Van Rompuy a souligné qu'actuellement les compétences des Communautés et des Régions représentent 11,5% du PIB, ce qui fait de la Belgique un Etat fédéral accompli. "Il faut savoir que si on décide de ne pas toucher directement ou indirectement à la sécurité sociale, la marge de manoeuvre pour une nouvelle réforme de l'Etat est très limitée", a-t-il ajouté. Pour lui, le temps des grandes réformes est révolu. "En 1980, 88 et 92, on s'attaquait à de grands problèmes. Dans la situation actuelle, une grande réforme se fera par phases progressives".
Le président de la Chambre a aussi rappelé l'importance du problème du vieillissement de la population dont on tient trop peu compte dans les considérations sur les transferts financiers entre Flandre, Wallonie et Bruxelles. Comme Herman De Croo, il a aussi noté que la loi de financement telle qu'elle existe "déshabille" l'Etat fédéral.
En conclusion M. Van Rompuy s'est félicité du fait que des hommes politiques comme Herman De Croo osent provoquer le débat avec des réflexions qui pourraient être considérées comme n'étant pas toujours politiquement correctes."Dire qu'on est contre le séparatisme est facile. Il est plus difficile de trouver l'équilibre entre le statu quo et les réformes attendues", a-t-il conclu.
"Que la Belgique crève? Questions aux séparatistes" - Editions Racine et Lannoo - 7,95 euros. (belga/vs)