La crise née de la démission du gouvernement Leterme, qui a abouti à la mise sur pied d'un gouvernement présidé par Herman Van Rompuy, aura certes une nouvelle fois mis en évidence les tensions au sein de la majorité sortante mais elle aura surtout porté sur la place publique les dissensions internes au CD&V, dont la preuve la plus évidente est la décision d'Inge Vervotte de ne pas monter dans le nouveau gouvernement, par solidarité avec Yves Leterme.
Le gouvernement Leterme a démissionné le 19 décembre. On croyait alors que tout irait très vite pour la mise en place d'un nouveau gouvernement, moyennant le seul remplacement du premier ministre et du ministre de la Justice Jo Vandeurzen, tous deux CD&V. Mais très rapidement, il est apparu que les choses n'étaient pas si simples, le CD&V proposant comme remplaçant d'Yves Leterme l'ancien premier ministre Jean-Luc Dehaene, dont les libéraux ne voulaient pas. L'autre candidat était Herman Van Rompuy, dont on disait qu'il ne voulait pas assumer la fonction.
Le Roi a alors eu recours à la nomination d'un "explorateur", en la personne d'un autre ancien premier ministre, Wilfried Martens. Après une semaine, celui-ci a remis son tablier et Herman Van Rompuy a accepté le dimanche 28 décembre de former le nouveau gouvernement. Dans les autres partis de la coalition sortante, on a dit à plusieurs reprises ne pas avoir été tenu au courant de ce qui se passait en coulisses chez les sociaux-chrétiens. "M. Martens explore surtout au sein de son propre parti", notait un proche de la négociation. Certains des anciens et futurs partenaires ont appris par les journalistes l'arrivée d'Herman Van Rompuy au Palais dimanche en fin d'après-midi et sa désignation comme formateur...
M. Van Rompuy a commencé lundi les négociations pour la formation du nouveau gouvernement, partant de l'accord engrangé par l'explorateur: continuation à cinq, avec le même programme, sans changement dans la répartition des compétences de chaque parti et ce jusqu'en 2011. Seule exigence des libéraux, un rééquilibrage en leur faveur via la présidence de la Chambre libérée par Herman Van Rompuy. Depuis la fin du cartel CD&V/N-VA, les libéraux sont en effet redevenus la première famille politique à la Chambre.
Une nouvelle fois, les discussions ont surtout été internes au CD&V, les représentants des quatre autres formations attendant souvent dans une salle séparée. "On dit qu'on a négocié plusieurs heures mais en fait on a surtout attendu que le CD&V accepte certaines évidences", disait un des négociateurs. Le CD&V a eu de la peine à accepter de perdre la présidence de la Chambre mais c'est semble-t-il surtout la désignation d'Herman Van Rompuy qui a été la plus difficile à avaler pour certains au sein du parti. Cette donnée peut expliquer les longues hésitations de M. Van Rompuy à accepter de devenir premier ministre, lui qui connaît bien l'intérieur de son parti. Un des signes de cet état de chose est incontestablement le refus de la ministre sortante Inge Vervotte d'entrer dans la nouvelle équipe, par solidarité avec les démissionnaires Yves Leterme et Jo Vandeurzen.
Le CD&V voudrait aussi "baliser" au maximum la Commission d'enquête parlementaire sur les soupçons d'immixtion de l'exécutif dans le judiciaire pendant la crise de Fortis. Le parti veut épargner autant que possible Yves Leterme qui lui-même espère sortir blanchi par cette Commission d'enquête, ce qui lui permettrait de revenir à la tête du gouvernement dans trois mois... Ce scénario n'est pas apprécié par tous, c'est le moins que l'on puisse dire. Enfin, il reste le délicat dossier communautaire. Sur ce point aussi, c'est toujours le CD&V qui est le plus réticent à admettre qu'il faudra accepter de parler de Bruxelles-Hal-Vilvorde si on veut relancer le dialogue communautaire.
Enfin, les hésitations jusqu'à la dernière minute sur le nom du nouveau ministre de la Justice ont constitué le dernier signe des difficultés internes au CD&V. Lorsqu'ils ont quitté la présidence de la Chambre où se déroulaient les négociations et alors qu'on annonçait un accord, les partenaires des démocrates-chrétiens ne connaissaient pas le nom de l'heureux élu. Ils ne savaient pas non plus qui serait le nouveau vice-premier ministre CD&V. Ils n'ont reçu la réponse qu'indirectement, à travers le communiqué de Mme Vervotte expliquant qu'elle ne montait pas au gouvernement. (belga)


