Au moins 35.000 personnes selon la police ont manifesté dimanche à Bruxelles pour l'unité de la Belgique, où la crise politique sans précédent a levé le tabou d'un éventuel éclatement du pays entre francophones et néerlandophones.
Gare du Nord-Cinquantenaire
"Pour l'unité", pouvait-on lire dans les trois langues du pays (français, néerlandais et allemand) sur la banderole déployée en tête du cortège, qui s'est ébranlé vers 11h00 heure locale dans le centre-ville près de la Gare du Nord de Bruxelles et est parvenu vers 13h00 dans le quartier européen, au parc du Cinquantenaire, où une fête "à la Belge", avec bière, frites et concerts, attendait les manifestants. Au moins 35.000 personnes, majoritairement des francophones, ont défilé dans les rues de la ville, a annoncé la police, mais le chiffre définitif pourrait encore grossir, des retardataires n'ayant pas encore été comptabilisés. Aucun chiffre n'était disponible du côté des organisateurs.
Pari gagné
"Mon pari est gagné, la foule est là, y'a des Flamands, y'a des Wallons et y'a une très belle ambiance, sous le soleil", a simplement commenté Marie-Claire Houard, à l'initiative de cet événement. Cette Liégeoise est également à l'origine d'une pétition pour l'unité de la Belgique qui avait recueilli dimanche quelque 140.000 signatures et qu'elle est allée remettre symboliquement à la fin de la manifestation au président du Sénat Armand De Decker. "Je suis juste une citoyenne qui a essayé d'agir un tout petit peu", a-t-elle déclaré à la fin du défilé, ovationnée par la foule. Appelant les politiques à "arrêter de jouer dans leur bac à sable", Mme Houard a également regretté que "beaucoup trop d'idées reçues circulent dans la presse qui disent que les Wallons sont tous des feignants, et que les Flamands sont tous des extrémistes".
Belge avant tout
Pendant le défilé, une marée de drapeaux belges (noir, or et rouge) étaient brandis dans la foule de tous âges, où se trouvaient aussi des Flamands. "Je veux montrer que les Flamands sont solidaires de tous les Belges, on est wallon ou flamand mais on est avant tout belge", a expliqué l'un d'eux, Rudy van Nespen, un habitant d'Anvers. "Je ne pense pas que la Belgique va éclater car vous voyez que ce rassemblement donne un signal, les gens ne veulent pas que la Belgique éclate", a-t-il dit.
"I want you for Belgium"
Aux cris de "Belgique, Belgique!", ou de "Vive le roi!", beaucoup de participants arboraient sur leurs manteaux des badges "Touche pas à ma Belgique" ou des autocollants "I want you for Belgium", détournant le célèbre slogan "I want you for the U.S. Army" utilisé par les Etats-Unis pour leur recrutement militaire pendant la Première guerre mondiale.
Politiques présents
Contrairement à leurs homologues néerlandophones, de nombreux mandataires politiques francophones étaient présents à titre privé tout au long du parcours, mais conformément au souhait des organisateurs, les signes d'appartenance politique ont été laissés au placard. Ont ainsi été aperçus parmi les manifestants, les présidents de partis Elio Di Rupo (PS), Joëlle Milquet (cdH) et Isabelle Durant (Ecolo). Conformément à l'annonce qu'il avait faite, le patron du MR Didier Reynders n'était pas de la partie, par respect d'une démarche qui se voulait exclusivement citoyenne, a-t-il dit. En son absence, des mandataires libéraux francophones avaient quant à eux fait le déplacement: le député et ex-ministre-président bruxellois François-Xavier de Donnea, le chef du groupe MR au parlement bruxellois Françoise Schepmans, le bourgmestre d'Anderlecht Gaëtan Van Goidsenhoven, etc. Dans les rangs du PS, on a observé la présence de la sénatrice Anne-Marie Lizin, et de la ministre de l'Audiovisuel de la Communauté française, Fadila Laanan. De nombreux élus cdH ainsi que des écologistes étaient également de la partie, mais sans signes ostentatoires. Une partie du monde économique et social s'était déplacé: le patron de l'UCB, Georges Jacobs, des représentants de l'Union des Entreprises de Bruxelles et le président du Sporting d'Anderlecht, Roger Vanden Stock, pour ne citer qu'eux.
Contre-manifestation
Une quinzaine de membres du "Nationalistisch Studenten Verbond (NSV)" (ndlr: l'union des étudiants nationalistes flamands) et du "Voorpost" ont été arrêtés, alors qu'ils contre-manifestaient devant le Palais Royal, situé en zone neutre, en dehors du parcours de la manifestation officielle. Ils n'avaient en outre demandé aucune autorisation.
Les querelles communautaires entre Flamands et francophones empêchent la formation d'un gouvernement belge depuis les élections législatives du 10 juin et ont plongé la Belgique dans la plus grave crise politique de son histoire. (belga/afp)
Pour en savoir plus, le site de la fête de l'unité.
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