Perplexité autour des négociations

Six mois après les élections et à 19 mois des élections régionales de 2009, une certaine perplexité sinon une perplexité certaine régnait lundi dans les partis politiques alors que Guy Verhofstadt se voyait préciser sa mission. Le Roi l'a en effet chargé de l'informer "sur la mise sur pied rapide d'un gouvernement intérimaire, chargé des affaires urgentes". Parallèlement, il doit aussi veiller à lancer les négociations qui doivent conduire à une réforme des institutions.
Le week-end a surtout été marqué par les déclarations de l'ex-formateur Yves Leterme (CD&V) qui a enterré l'orange bleue et a plaidé pour un gouvernement disposant d'une majorité des 2/3 indispensable à une réforme de l'Etat. M. Leterme a aussi conclu que les six mois de négociations n'ont pas été tout à fait inutiles puisqu'ils ont permis aux francophones de changer d'avis et d'accepter l'idée qu'une réforme de l'Etat est indipensable.
Parallèlement, Yves Leterme s'en est aussi pris à la RTBF lui reprochant d'être une chaîne qui fait la propagande du cdH. Sur sa lancée, il a évoqué une comparaison entre la RTBF et "Radio mille collines", qui a appellé au génocide rwandais, occultant ainsi une partie de son message politique, en tout cas dans la presse francophone.
Dans la presse, lundi matin, Yves Leterme prend la défense du cdH en disant que jeter les Humanistes dans l'oppsition n'est pas un modèle qui convient à son parti. Le PS a aussi redit lundi ne pas envisager d'aller au gouvernement sans le cdH. Un des scénarios régulièrement évoqué la semaine dernière était celui d'une coalition CD&V/N-VA, Open Vld, MR, PS.
Là-dessus, lundi midi, les différents partis se sont exprimés sur la situation politique. Le cdH dit ne rien exclure, le PS continue à plaider pour l'unité nationale, l'Open Vld rejette toujours la tripartite traditionnelle, le sp.a dit ne vouloir entrer que dans un gouvernement "social et de gauche". Quant au MR, il se dit également ouvert à toutes les formules mais ajoute qu'il n'est pas sûr que ce sera plus facile à 6 ou à 8 que cela ne l'a été à 4.
Dans les coulisses, le MR continue à dire que la tripartite traditionnelle lui sera "difficilement vendable". Le parti aurait cependant senti un vent froid passer à proximité au cours du dernier week-end en raison des contacts intenses entre PS et cdH. En marge d'une conférence de presse après la réunion de l'intergroupe parlementaire du MR, Didier Reynders parlait d'un nouveau cartel, celui formé par le PS et le cdH. "C'est curieux que depuis que le PS est en piste, le cdH accepte l'idée d'une réforme de l'Etat", ironisait un proche de la négociation.
Dans la soirée, le CD&V disait qu'il fallait mettre sur pied un gouvernement d'urgence et que celui-ci devait servir de base à la formation d'un gouvernement définitif et disposer de préférence d'une majorité des 2/3.
Si le retour du PS sur l'avant-scène ne fait pas de doute, le sp.a se fait toujours prier et a clairement indiqué qu'il ne participera qu'à un gouvernement "social et de gauche" et que tout ce qui a été négocié par l'orange bleue est à jeter au panier et à reprendre à zéro. Le président du PS Elio Di Rupo ne serait pas tout à fait étranger à l'assouplissement de la position des socialistes flamands . "Elio drague Caroline (Gennez, présidente du sp.a) de façon éhontée", commentait un observateur.
Comme Caroline Gennez, le président du MR, Didier Reynders a également mis l'accent sur l'importance du programme. "On parle depuis quelques jours uniquement de qui sera dans le gouvernement. Nous voulons surtout savoir pour quoi faire", a-t-il lancé.
Au lendemain des élections Johan Vande Lanotte, alors président des socialistes flamands, a déclaré qu'après sa défaite électorale, son parti irait dans l'opposition. Il aurait cependant conseillé alors à Yves Letrerme de le rappeler à la mi-décembre pour voir si son parti n'avait pas changé d'avis. Pouvoir divinatoire ou simple réalisme politique?
Du côté flamand, lundi soir, on continuait à parler d'une coalition asymétrique CD&V/N-VA, Open Vld, MR, PS et cdH. Une telle coalition dispose tout juste de la majorité des 2/3 (101 voix sur 150, soit 48 flamandes et 53 francophones) mais reste l'otage de la N-VA pour tout ce qui concerne la réforme de l'Etat.
De plus, du côté francophone, on aurait tendance à vouloir impliquer plus les partis flamands. Le président du MR Didier Reynders a notamment insisté lundi sur le fait qu'il n'appartenait pas aux francophones à assurer les 2/3 et à devenir les fers de lance d'une réforme qu'ils n'ont eux-mêmes pas demandée.
Quant au gouvernement "intérimaire" sur lequel Guy Verhofstadt doit informer le Roi, il devrait s'agir d'un vrai nouveau gouvenement qui ne dit pas encore son nom. Comme on le disait déjà à la fin de la semaine dernière, Guy Verhofstadt cherche la coalition idéale pour l'avenir. Cela s'appellera peut-être dans un premier temps gouvernement intérimaire mais "rien n'est souvent plus définitif que le provisoire", rappelait lundi midi Didier Reynders. (belga)