L'impassibilité du marché pétrolier face à la crise en Iran s'explique aisément: même dans l'hypothèse, pour l'instant improbable, d'un arrêt des exportations iraniennes, les opérateurs savent que l'Opep peut prendre le relais, avec ses énormes surcapacités de production accumulées pendant la crise.
Baisse des cours
Avec une production de quelque 3,8 millions de barils par jour (mbj), l'Iran est le troisième exportateur mondial de brut derrière la Russie et l'Arabie saoudite. La réaction du marché pétrolier peut donc surprendre: au lieu de flamber, les cours du brut ont dans l'ensemble baissé depuis la réélection contestée du président sortant Mahmoud Ahmadinejad, le 12 juin.
Mardi, le baril de brut cotait ainsi environ 66 dollars, contre plus de 72 une semaine plus tôt. Alors que cet exportateur essentiel est secoué par une crise sans précédent depuis 30 ans, ce paradoxe apparent s'explique toutefois aisément, pour les experts.
"Du point de vue des milieux pétroliers, il n'y a pas la moindre indication permettant de penser que la production (iranienne) pourrait être touchée", souligne Francis Perrin, directeur de la revue Pétrole et gaz arabes. Autre élément expliquant le calme du marché pétrolier : même dans le cas, improbable, où l'Iran ne produirait plus une goutte de brut, les autres pays membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) pourraient prendre le relais.
Énorme surcapacité de production
L'Opep a en effet accumulé durant la crise une énorme surcapacité de production, de l'ordre de 6 mbj selon l'Agence internationale de l'Energie (AIE). Crise oblige, de très nombreux puits ont été fermés mais entretenus pour pouvoir, à tout moment, suppléer à une interruption de production.
Pour M. Perrin, les opérateurs de marché font confiance à l'Opep pour intervenir, car "l'Arabie saoudite a montré qu'elle était déterminée à approvisionner le marché mondial, quelle que soit la cause d'une éventuelle pénurie", notamment en 2002, 2003 et 2004. Des experts jugent toutefois que le marché prend trop à la légère la situation.
"Le réveil pourrait être difficile (...) si les tensions en Iran continuent à grimper", estime ainsi Andrey Kryuchenkov, analyste chez VTB Capital. "Non seulement le pays pompe un montant important du brut fourni par l'Opep, mais il contrôle le détroit d'Ormuz, à travers lequel transitent chaque jour 40% des quantités mondiales de pétrole acheminées par bateau", fait-il valoir.
La tâche d'Obama se complique
D'autres soulignent que la crise iranienne pourrait entraver les efforts de l'administration Obama pour faire avancer le dossier nucléaire iranien, une source de tensions géopolitiques ayant participé à la flambée du brut des années 2002-2008.
"Si (le président) Ahmadinejad parvient à rester en fonction, les parlementaires américains réclamant de nouvelles sanctions économiques contre l'Iran pourraient gagner du terrain", observe ainsi Helima Croft, analyste chez Barclays Capital. "Le résultat (contesté) des élections relance aussi les discussions sur de possibles frappes israéliennes sur des installations nucléaires en Iran", ajoute-t-elle.
Enfin, bien que la situation n'affecte pour l'instant pas l'industrie pétrolière iranienne, cela pourrait être le cas par la suite. "Selon des rumeurs de marché, des Iraniens tentent d'organiser une grève nationale, incluant l'industrie pétrolière, en réaction à l'élection", rapporte ainsi Nimit Khamar, du courtier Sucden. (belga/th)


