Une année aura été nécessaire pour obtenir des aveux de l'épouse du tueur en série présumé Michel Fourniret, a expliqué lundi le chef d'enquête belge Jacques Fagnart devant la cour d'assises des Ardennes. Monique Olivier a elle nié l'existence d'un "pacte" avec son mari.
Entre 1987 et 2003, des faits à charge de Michel Fourniret ont été répertoriés pour chaque année, sauf en 1991, par les policiers qui enquêtaient sur lui, a précisé le policier. Il a expliqué qu'immédiatement après l'arrestation de Fourniret pour l'enlèvement de Marie le 26 juin 2003, les enquêteurs ont pensé qu'il pouvait être impliqué dans d'autres faits.
"Avec son passé, avec ce qu'il avait fait subir à Marie, on a vite pensé qu'il pourrait avoir un lien avec Céline et Mananya", a-t-il dit. Les cadavres de ces deux jeunes filles avaient été retrouvés dans des bois en Belgique. Il s'agit de deux des sept homicides pour lesquels Michel Fourniret est jugé devant les assises des Ardennes. L'attitude de Monique Olivier a également intrigué les enquêteurs.
Participation active
Tête basse lors des interrogatoire, elle est devenue une autre femme lorsqu'elle a pu rencontrer son mari en prison, sans savoir que leurs rencontres étaient sur écoute. Elle a notamment dit un "si je ne suis pas en prison", quand elle a évoqué l'avenir avec son mari, a dit M. Fagnart.
Le 22 juin 2004, Monique Olivier est passé aux aveux. Au fil des jours, ils seront précisés et l'accusée, qui au départ s'attribuait un seul rôle de confidente de son mari, avouera sa participation active aux meurtres. Pour le juge d'instruction Bernard Claude, également entendu lundi, il n'est pas interdit de se dire qu'après un an de détention, Michel Fourniret aurait pu être libéré conditionnellement.
Pièges
"C'est peut-être cela qui a conduit aux aveux de Monique Olivier", a dit le juge, notant que, depuis un an, l'accusée vivait alors une nouvelle vie, seule avec son fils Sélim. Jacques Fagnart a relevé toute une série de faits qui peuvent être imputés à Michel Fourniret et, dans certains cas, à Monique Olivier. Il a cité la mort d'une jeune fille au pair, qui n'a jamais été identifiée et dont on a pas retrouvé de cadavre, pour qui Michel Fourniret est inculpé à Dinant.
Le juge Claude s'est dit persuadé que Fourniret, accusé par sa femme, connaît son identité car il "n'est pas quelqu'un qui oublie les noms". M. Fagnart a précisé que l'on a pu déterminer que les deux accusés ont tenté, sans succès, d'attirer des jeunes filles chez eux dans les années '90. C'est notamment le cas d'une Coréenne, étudiant le piano à Liège, que Fourniret a tenté de faire venir à Sart-Custinne, sous prétexte d'enseigner à son fils.
C'est aussi le cas d'une étudiante polonaise de l'UCL que les accusés ont tenté d'attirer deux semaines pour être jeune fille au pair lors de vacances de Pâques. C'est encore le cas pour une étudiante qui avait cherché, via les valves d'une grande surface, à faire du baby-sitting. Fourniret a de plus reconnu avoir agressé sexuellement une jeune femme marocaine et une jeune femme qui a été séquestrée dans sa voiture, a expliqué M. Fagnart, citant aussi des vols.
Pas de "pacte"
"Tout cela nous montre, qu'à part en 1991 où il a été six mois en prison, on répertorie des faits pour chaque année entre 1987 et 2003", a conclu M. Fagnart. Michel Fourniret s'en est tenu strictement lundi après-midi à sa volonté de ne rien dire si les débats ne se tiennent pas à huis clos. Il l'a répété lorsqu'il était interrogé par l'avocat général sur des points très précis.
Interrogée par le président, Monique Olivier a nié avoir conclu un "pacte" avec Michel Fourniret en 1987, en vertu duquel elle l'aiderait à enlever des jeunes filles s'il tue son premier mari, André Michaux. Les enquêteurs ont déduit l'existence d'un tel pacte à partir de l'analyse des lettres qu'ils ont échangées lorsqu'ils se sont connus, par petite annonce, alors qu'il était détenu.
"C'était un simple échange de courrier. Des écrits aux actes, il y a une différence", a dit Monique Olivier, précisant que "c'était de la correspondance, du fantasme, pas réalisable". "Etant donné ce que m'a fait subir M. Michaux, toutes les femmes auraient agi comme moi", a-t-elle encore dit.


