Michel Fourniret a respecté mardi la parole de s'exprimer qu'il avait donnée mercredi en fin d'audience, mais il n'a fait aucune révélation. "Rien ne me saute aux yeux qui fasse ressortir une urgence telle qu'il faille que je me torture les méninges", a-t-il dit d'emblée devant la cour d'assises des Ardennes.
L'accusé a laissé entendre qu'il ne pourrait pas toujours dire ce qu'il pense, indiquant que "la personnalité d'un individu est quelque chose qui fluctue selon les influences extérieures". Michel Fourniret, qui a reconnu qu'il se considérait toujours comme "extrêmement dangereux", a attaqué son épouse et co-accusée Monique Olivier. Il n'a exprimé aucune contrition ou sentiment envers ses victimes.
Il a présenté un "humble paquet d'excuses" aux deux juges d'instruction de Charleville, laissant entendre que les "erreurs" dans leurs rapports seraient le fait de Monique Olivier. "J'ai été berné par une cigale aussi désinvolte que dénuée de passion", a-t-il dit au sujet de son épouse. Il a fustigé ses "accusations mensongères", à savoir notamment des caresses post-mortem sur une victime.
"Nous allons sans doute devoir régler nos comptes par micro interposé", a-t-il prévenu à l'intention de Monique Olivier, "qui reste pour moi quelqu'un que j'ai très peu fréquenté. Il n'y avait pas de communication sinon pour se raconter des conneries". Michel Fourniret ne sera interrogé que jeudi et vendredi matin, de 09H30 à 11H30, sur les sept meurtres qui lui valent de se retrouver devant la cour d'assises des Ardennes. Les avocats des parties civiles auront d'ici là l'occasion de préparer leurs questions avec les familles.
Trois victimes, agressées sexuellement par Michel Fourniret au début des années 1980, ont été entendues mardi pour éclairer son passé criminel. Arrêté et détenu préventivement en 1984, Fourniret a été condamné pour ces faits et d'autres à sept ans de prison, dont deux avec sursis, par la cour d'assises d'Evry en juin 1987. Il sera libéré en octobre 1987, trois mois avant le meurtre aggravé d'Elisabeth Laville, un des sept meurtres pour lequel il est jugé à Charleville.
Dahina Le Guennan avait 14 ans lorsque Michel Fourniret l'a fait monter dans sa voiture à Epernay (France) en 1982, prétextant être poursuivi par la police et avoir besoin d'un otage. Il la menacera d'une fiole d'acide, l'attachera et l'agressera sexuellement après l'avoir déshabillée. Plus de 20 ans plus tard, Dahina Le Guennan vit toujours difficilement le fait de ne pas avoir été entendue avec égards par la justice. Elle est toujours marquée par cette agression, très violente. Ce que n'a pas compris et ne comprend toujours pas Michel Fourniret.
"Psychologiquement, il est vrai que je n'ai pas eu l'impression d'agresser quelqu'un. Si je dois dire la vérité, je le dis", a-t-il dit. Il n'a pas montré plus d'émotion sur cette menace à l'aide d'une prétendue de fiole d'acide. "J'avais pensé depuis longtemps à cette possibilité de bluff", a-t-il dit, concédant simplement a posteriori qu'il s'agissait "en effet d'une présentation extrêmement glaçante".
Michel Fourniret a utilisé le même stratagème de la fiole pour agresser Sandrine, qui avait 15 ans en 1982 lorsqu'elle a été prise en stop. "J'ai vraiment cru qu'il allait me tuer", a expliqué mardi cette femme, qui se dit scandalisée par les suites judiciaires du dossier. "Me permettez-vous d'évoquer les moments que nous avons partagés? ", a dit Michel Fourniret. "Je reste sur l'impression d'avoir été une enfant terrorisée et donc je ne vous autorise pas à parler", a-t-elle rétorqué.
Frédérique, qui avait 23 ans lors de son agression, était dans sa voiture en 1983 lorsque Michel Fourniret a pénétré dans l'habitacle, prétextant être recherché par la police. Il lui a parlé de sa recherche de la virginité. Elle a réussi à le dissuader de la violer, prétextant qu'elle était enceinte. "Ca l'a scotché", a-t-elle expliqué.
"Vous êtes un minable. Quand on est plus fort que vous, on arrive à vous désarçonner", a-t-elle lancé à Michel Fourniret qui se considère toujours comme "extrêmement dangereux" car il doutait toujours d'avoir fait perdre sa virginité à une femme. "Sa découverte aurait tout changé, ç'aurait été pour moi le jour et la nuit", a expliqué Michel Fourniret à propos de la virginité. (belga)
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