Maître Francis Nachbar.
L'avocat général au procès des époux Fourniret, Francis Nachbar, a justifié mardi devant la presse la sévérité et la rudesse des propos de son réquisitoire à l'encontre des deux accusés, qui avait été jugé excessif par certains, par la nécessité de "préserver les intérêts de la société".
M. Nachbar a sollicité la réclusion criminelle à perpétuité, incompressible pour le tueur en série présumé Michel Fourniret, et assortie d'une période de sûreté de 30 ans pour sa femme et complice présumée Monique Olivier, à savoir les peines les plus sévères du code pénal français, notamment pour sept meurtres aggravés de jeunes filles, commis en Belgique et en France entre 1987 et 2001. "J'ai requis la peine maximale pour les deux accusés en toute conscience, pour préserver les intérêts de la société, c'est-à-dire de nous tous", a expliqué le magistrat lors d'une conférence de presse organisée à l'issue de la clôture des débats par la cour d'assises des Ardennes.
Destructeur pour la société
"La monstruosité des faits, la personnalité extrêmement perverse des accusés et leur dangerosité impose qu'on ne fasse pas courir de risque à la société. Ce serait destructeur pour elle", a-t-il ajouté. Francis Nachbar a justifié la rudesse de certains propos de son réquisitoire, parfois jugés excessifs par la presse et la défense de Monique Olivier, soulignant qu'"il n'est pas contestable qu'un homme ou une femme qui commet des actes monstrueux est un 'monstre', au sens commun, et non psychiatrique du terme. S'ils étaient vraiment des monstres, il n'y aurait pas eu de cour d'assises".
Quant aux gros mots qu'il a prononcés, "ce n'était que des citations des deux accusés eux-mêmes, des gros mots dits au cours des débats ou dans le courrier qu'ils se sont échangés en 1987. Dans celui-ci, ils se qualifient eux-mêmes avec lucidité de 'fêlés', car personne ne peut contester leur fêlure morale", a-t-il expliqué. Il a affirmé avoir requis "en toute conscience, en toute liberté de ton et avec coeur", car, face au "courage dont ont fait preuve les familles des victimes et certaines victimes, il était indispensable que le ministère public s'exprime de la même manière et avec franchise".
Litanie d'horreurs
L'avocat général a aussi relevé le caractère "éprouvant de ces dix longues semaines de procès", lequel s'est toutefois "bien déroulé". "On n'en pouvait plus de ce procès, parce qu'il est très difficile d'entendre pendant deux mois et demi cette litanie d'horreurs", a-t-il ajouté. Par ailleurs, depuis décembre 1987 et le meurtre d'Isabelle Laville, une des victimes de Michel Fourniret dont le dossier avait été classé sans suite un mois et demi après sa disparition, des progrès ont été réalisés par la justice et la police, mais il en reste encore à faire, "notamment au niveau de la sérialité", a indiqué Francis Nachbar.
Concernant les deux autres affaires qui ont valu une inculpation à Michel Fourniret à Charleville-Mézières en mars dernier, la disparition de Marie-Angèle Domèce, une handicapée mentale de 19 ans disparue en 1988 dans la région d'Auxerre, et l'assassinat de Joanna Parrish, une Britannique de 20 ans retrouvée violée et étranglée en mai 1990 dans la même région, "nous allons redoubler d'énergie pour les résoudre au plus vite", a-t-il promis. Monique Olivier a été inculpée de complicité dans ces dossiers. (belga)


